Alternatives végétales à la raclette pour grillades d’été


Remplacer le fromage à raclette par un fromage végétal au barbecue ne donne pas l’assiette plus légère que l’on imagine. Selon la Base suisse de données des valeurs nutritives de l’OSAV, une portion de 200 g d’alternative au fromage à base d’huile de coco et d’amidon apporte 34,8 g d’acides gras saturés et 3,8 g de sel, contre 33,4 g et 3,6 g pour 200 g de fromage à raclette. Elle apporte en revanche 1 g de protéines au lieu de 51,8 g, et 92 mg de calcium au lieu de 1340 mg.

Autrement dit: sur les deux nutriments que l’on cherche généralement à limiter, le produit végétal le plus courant fait un peu moins bien que le fromage, et sur les deux nutriments que le fromage apporte réellement, il ne fait presque rien. Ce n’est pas une raison pour renoncer à une raclette d’été sans produits laitiers. C’est une raison pour construire l’assiette autrement que par simple substitution.

Cette page donne les valeurs suisses des produits concernés, compare quatre assiettes complètes pesées au gramme, explique ce que le droit alimentaire suisse autorise à écrire sur un emballage, et détaille la cuisson au grill avec les données disponibles sur les contaminants de cuisson.

Ce qu’un fromage à raclette apporte réellement

Le fromage à raclette suisse, tel qu’il figure dans la Base suisse de données des valeurs nutritives V7.1 sous l’identifiant 532, contient pour 100 g: 355 kcal, 25,9 g de protéines, 27,9 g de matières grasses dont 16,7 g d’acides gras saturés, 1,8 g de sel, 670 mg de calcium, 3,9 mg de zinc et 1,55 µg de vitamine B12.

Une portion de raclette n’est pas de 100 g. Les portions servies à table tournent couramment autour de 150 à 200 g de fromage par personne. À 200 g, cela donne 51,8 g de protéines, 1340 mg de calcium (167 % de la valeur nutritionnelle de référence de 800 mg fixée à l’annexe 10 de l’ordonnance du DFI concernant l’information sur les denrées alimentaires), 3,1 µg de B12, mais aussi 33,4 g d’acides gras saturés, soit 167 % de l’apport de référence quotidien de 20 g de la même annexe, et 3,6 g de sel, soit 60 % des 6 g de référence.

Ces deux derniers chiffres sont la vraie faiblesse nutritionnelle de la raclette, et ils ne disparaissent pas quand on change de fromage. L’Organisation mondiale de la santé rappelle dans son aide-mémoire sur la réduction du sel que l’apport moyen mondial des adultes atteignait 4278 mg de sodium par jour en 2021, soit environ 11 g de sel, plus du double de sa recommandation de moins de 5 g par jour, et qu’environ 1,7 million de décès par an étaient associés à un apport excessif de sodium en 2023.

Ce que contiennent les alternatives végétales, selon la base suisse

La Base suisse de données des valeurs nutritives distingue deux catégories d’alternatives au fromage, et l’écart entre les deux est plus important que l’écart avec le fromage lui-même.

L’alternative à base d’huile de coco et d’amidon (identifiant 14151), qui correspond à la plupart des tranches et blocs à fondre vendus en grande surface, contient pour 100 g: 272 kcal, moins de 0,5 g de protéines, 20,1 g de matières grasses dont 17,4 g d’acides gras saturés, 1,9 g de sel, 46 mg de calcium, 0,2 mg de fer, 0,1 mg de zinc.

L’alternative à base de noix de cajou (identifiant 14152), qui correspond aux produits fermentés artisanaux et aux préparations maison, contient pour 100 g: 442 kcal, 14,5 g de protéines, 35,3 g de matières grasses mais seulement 5,8 g d’acides gras saturés, 1,2 g de sel, 44 mg de calcium, 3,9 mg de fer, 3,6 mg de zinc, 12 µg de sélénium.

Le tableau suivant résume ce que donnent 200 g de chaque produit, la quantité que l’on met réellement dans une assiette de raclette.

Pour 200 gRacletteAnalogue coco/amidonAnalogue cajou
Énergie710 kcal544 kcal884 kcal
Protéines51,8 g1,0 g29,0 g
Acides gras saturés33,4 g (167 % de la référence)34,8 g (174 %)11,6 g (58 %)
Sel3,6 g (60 %)3,8 g (63 %)2,4 g (40 %)
Calcium1340 mg (168 % de la VNR)92 mg (12 %)88 mg (11 %)
Fer0,2 mg0,4 mg7,8 mg (56 % de la VNR)
Zinc7,8 mg0,2 mg7,2 mg
Vitamine B123,1 µg00

Trois lectures s’imposent. Le produit à l’huile de coco n’est pas un fromage allégé: il fait légèrement pire que le fromage sur les acides gras saturés et sur le sel, tout en n’apportant ni protéines, ni calcium, ni B12. Le produit au cajou est nutritionnellement plus intéressant, mais il est aussi le plus calorique des trois et ne règle pas la question du calcium. Et aucun des deux ne remplace le fromage sur le calcium: il faudrait 2284 g d’alternative au cajou, soit environ 10 000 kcal, pour égaler le calcium de 150 g de raclette.

Pourquoi l’huile de coco domine ces produits

Ce n’est pas un accident de formulation. Un travail publié dans Current Research in Food Science en 2024 a testé neuf ratios d’huile de coco et d’huile de tournesol dans des fromages végétaux, avec analyse rhéologique lors d’une montée en température de 20 à 95 °C. La dureté après 24 heures à 5 °C augmente avec la proportion d’huile de coco, parce que la teneur en graisse solide donne de la fermeté. Le fromage sans huile de coco présentait la plus faible valeur de tan delta à 95 °C, à 0,3, ce qui traduit un mauvais comportement à la fonte.

Le résultat intéressant du même travail est que 25 % d’huile de coco suffisaient déjà à faire passer la tan delta au-dessus de 0,5, et que les valeurs de fonte et d’étirement n’augmentaient plus au-delà. La saturation supplémentaire ne sert donc plus la texture. Cela signifie qu’un produit à 17,4 g d’acides gras saturés pour 100 g n’est pas techniquement nécessaire pour fondre correctement: c’est un choix de formulation.

Deux analyses de marché confirment que l’absence de protéines n’est pas non plus une fatalité, mais reste la norme. Une étude publiée dans Foods en 2025 a analysé chimiquement et sensoriellement dix alternatives au fromage vendues sur le marché slovène et étiquetées «classique» ou «original»: comparées à un fromage à pâte mi-dure, elles contenaient en moyenne soixante fois moins de protéines, huit fois moins de calcium et 50 % de sel en plus pour 100 g, et 50 % d’acides gras saturés en plus. Une seconde étude, publiée dans Foods la même année, a comparé seize produits du marché irlandais: les analogues végétaux contenaient de 0,1 à 1,7 g de protéines pour 100 g contre 25 g pour le cheddar, et les auteurs relèvent l’absence de matrice protéique continue, la structure étant tenue par des graisses solides, de l’amidon et des hydrocolloïdes.

Un travail publié dans Food Chemistry en 2026 montre qu’on peut faire autrement: en incorporant de la farine de graines oléagineuses et en ajustant le rapport amidon/eau et la concentration d’alginate de sodium, les auteurs obtiennent un prototype à teneur protéique supérieure aux produits commerciaux et à profil nutritionnel comparable à un fromage fondu laitier. Ces formulations existent en laboratoire; elles ne sont pas encore la norme au rayon frais.

Quatre assiettes pesées au gramme

Comparer des fromages isolément ne dit pas grand-chose de ce qu’on mange réellement. Les quatre assiettes ci-dessous partent du même accompagnement, calculé sur les valeurs suisses: 300 g de pommes de terre cuites au four sans matière grasse, 100 g de courgette, 80 g de poivron rouge, 80 g d’aubergine, 60 g de champignons de Paris, 40 g d’oignon et 10 g d’huile de colza pour badigeonner. Seule la source «à fondre» change.

Assiette complèteRaclette 150 gAnalogue coco 150 gTofu 150 g + cajou 40 gTempeh 150 g + cajou 40 g
Énergie1013 kcal888 kcal879 kcal892 kcal
Protéines51,8 g13,7 g40,8 g45,2 g
Acides gras saturés26,2 g (131 %)27,3 g (136 %)5,6 g (28 %)4,4 g (22 %)
Sel2,7 g (45 %)2,9 g (48 %)0,6 g (11 %)0,6 g (11 %)
Fibres14,3 g17,8 g16,1 g24,7 g
Calcium1084 mg (136 % VNR)148 mg (19 %)277 mg (35 %)230 mg (29 %)
Fer3,5 mg (25 %)3,7 mg (26 %)7,9 mg (57 %)7,6 mg (54 %)
Vitamine B122,3 µg (93 % VNR)000

L’assiette qui remplace le fromage par un analogue à l’huile de coco est la seule des quatre à cumuler les inconvénients: elle conserve les 27,3 g d’acides gras saturés et les 2,9 g de sel de l’assiette au fromage, et perd les protéines, le calcium et la B12. L’assiette construite autour du tofu ou du tempeh, avec une petite quantité d’alternative au cajou pour le goût et la texture fondue, divise les acides gras saturés par cinq et le sel par quatre et demi, apporte deux fois plus de fer, tout en restant à un niveau protéique proche de l’assiette au fromage.

Le calcium reste le point faible de toutes les assiettes sans produits laitiers. Le tofu ferme en apporte 120 mg pour 100 g, ce qui aide sans suffire. Un verre de 250 ml de boisson végétale enrichie en calcium apporte 300 mg selon les valeurs suisses pour la version enrichie, contre 6,8 mg pour la version non enrichie. Le sujet est traité en détail dans notre page sur le calcium et le magnésium sans produits laitiers.

Ce que l’étiquette a le droit de dire

La mention «végétarien» ou «végétalien» n’est pas un argument publicitaire libre en Suisse. L’article 40 de l’ordonnance du DFI concernant l’information sur les denrées alimentaires la définit précisément: une denrée peut porter la mention «végétarien», «ovo-lacto-végétarien» ou «ovo-lacto-végétalien» lorsqu’elle ne contient ni ingrédients ni auxiliaires technologiques d’origine animale, exception faite du lait et de ses composants, des œufs et de leurs composants, des produits apicoles et de la lanoline issue de la laine de moutons vivants. La mention «vegan» ou «végétalien» exige l’absence totale d’ingrédients et d’auxiliaires technologiques d’origine animale. L’alinéa 2 prévoit une nuance: un aliment obtenu à partir d’ingrédients produits avec des auxiliaires technologiques d’origine animale peut porter une mention des lettres a à c s’il en a été séparé et purifié.

Cette distinction compte parce que la présure est un auxiliaire technologique, pas un ingrédient, et qu’elle n’apparaît donc pas dans la liste des ingrédients d’un fromage. C’est la raison pour laquelle un fromage à raclette du commerce ne permet pas de trancher sur son caractère végétarien à la simple lecture de l’emballage, à moins que le fabricant n’ait volontairement apposé la mention de l’article 40. Notre page sur la lecture d’une étiquette alimentaire détaille ce mécanisme.

Les allégations nutritionnelles obéissent à des seuils chiffrés dans l’annexe 13 de la même ordonnance. Une denrée est «pauvre en sel de cuisine» si elle ne dépasse pas 0,12 g de sodium pour 100 g, soit environ 0,30 g de sel: le fromage à raclette à 1,8 g est six fois au-dessus, l’analogue à l’huile de coco à 1,9 g un peu plus encore, l’alternative au cajou à 1,2 g environ quatre fois. Une denrée est «source de protéines» si les protéines fournissent au moins 12 % de sa valeur énergétique, et «riche en protéines» à partir de 20 %. Le fromage à raclette est à 30 %, l’alternative au cajou à 13,5 %, l’alternative à l’huile de coco à 0,8 %. Le tofu ferme atteint 40,5 % et le tempeh 45,5 %.

Une denrée est «source de» calcium si elle en contient 15 % de la valeur nutritionnelle de référence pour 100 g, soit 120 mg. Le tofu ferme y arrive tout juste; les deux alternatives au fromage de la base suisse, à 44 et 46 mg, en sont loin.

Une analyse publiée dans BMC Nutrition en 2025 a appliqué les critères du Keyhole nordique et du Nutri-Score à 222 alternatives végétales aux produits laitiers du marché suédois. Les alternatives au fromage n’étaient éligibles ni au Keyhole, ni à un Nutri-Score A ou B, contrairement à 68 % des alternatives au yaourt et à 45 % des boissons végétales. Cette catégorie est la moins bien notée de tout le rayon végétal, ce qui recoupe exactement les valeurs suisses.

Construire l’assiette: le principe des trois rôles

Le fromage à raclette remplit trois fonctions simultanées dans l’assiette: il apporte les protéines, il apporte le corps gras fondant qui enrobe les légumes, et il apporte le goût salé et umami. Aucun produit végétal du commerce ne fait les trois correctement. La solution n’est pas de chercher le produit parfait mais de répartir les trois rôles.

Les protéines viennent du tofu ferme, du tempeh ou du seitan, qui sont les trois seules bases végétales à atteindre un niveau comparable. Le tofu ferme apporte 14,7 g de protéines pour 100 g et le tempeh 17,6 g, avec 0,1 g de sel dans les deux cas. Notre comparatif tofu, tempeh ou seitan détaille les usages de chacun.

Le fondant vient soit d’une petite quantité d’alternative au cajou, soit d’une sauce préparée à part. Une quantité de 40 g suffit pour napper une assiette; c’est le calcul retenu dans le tableau plus haut, et il évite les 884 kcal d’une portion de 200 g.

Le goût vient de la marinade et des condiments, pas du produit à fondre. C’est ici que se joue l’essentiel du plaisir, et c’est aussi ici que le sel dérape le plus facilement: deux cuillères à soupe de sauce soja, soit 30 g, apportent 4,2 g de sel à elles seules, soit 70 % de l’apport de référence quotidien. Réparties sur quatre portions, elles ajoutent 1,05 g par personne, ce qui reste considérable. Nos marinades express pour tofu et tempeh proposent des versions où l’acidité et les aromates portent le goût.

Les légumes: ce que le grill leur fait

Les légumes ne sont pas neutres au barbecue. Une étude publiée dans Food Science & Nutrition en 2025 a mesuré la formation d’hydrocarbures aromatiques polycycliques dans des légumes grillés au charbon de bois, avec et sans marinade préalable. Les quatre HAP réglementés diminuaient nettement dans les légumes marinés: le vinaigre de raisin rouge montrait l’effet inhibiteur moyen le plus fort, à 75 %, suivi du vinaigre de cidre à 68 %, du jus de citron à 52 %, de l’ail en poudre à 34 % et du poivre noir à 30 %.

Ce résultat donne une raison technique de mariner, indépendante du goût: une marinade acide appliquée avant la cuisson au charbon réduit substantiellement la formation de ces composés. Il donne aussi une hiérarchie utile. Un vinaigre fait mieux qu’un jus de citron, qui fait mieux qu’une épice sèche.

Les autres réglages qui comptent sont mécaniques. Les pommes de terre gagnent à être précuites à l’eau ou au four avant de passer sur la grille, ce qui limite le temps d’exposition directe à la flamme. Les aubergines absorbent beaucoup d’huile: 10 g d’huile de colza pour l’ensemble des légumes d’une assiette suffisent si on badigeonne au pinceau plutôt que de verser. Les champignons de Paris, à 3,7 g de protéines pour 100 g et 58,8 % de leur énergie sous forme de protéines, sont le légume le plus rassasiant du lot pour un coût énergétique de 25 kcal pour 100 g.

Si vous utilisez un appareil électrique plutôt qu’un barbecue à charbon, la question des HAP ne se pose pas dans les mêmes termes, l’essentiel de ces composés provenant de la combustion et des graisses tombant sur les braises. Notre page sur le choix d’un barbecue électrique pour griller des légumes traite des critères d’appareil.

Faire son fromage à fondre à la maison

Une préparation maison au cajou permet de contrôler deux paramètres que l’industrie fixe pour vous: la quantité de sel et la part d’huile de coco. Les proportions qui fonctionnent partent de 150 g de noix de cajou trempées au moins quatre heures, mixées avec 120 ml d’eau, 15 g de levure maltée, 10 ml de jus de citron, 15 g de fécule de tapioca et 3 g de sel, puis chauffées à la casserole en remuant jusqu’à épaississement et formation d’un fil.

Cette base donne environ 300 g de produit à 1 g de sel pour 100 g, soit un tiers de moins que l’analogue à l’huile de coco du commerce, et une teneur en protéines proche de l’alternative au cajou de la base suisse, la noix de cajou en apportant 21,5 g pour 100 g. La fécule de tapioca est ce qui donne le fil; en augmenter la dose au-delà de 20 g par 300 g rend la préparation collante plutôt que fondante.

La fermentation modifie le résultat. Une revue publiée dans Foods en 2026 sur les alternatives fermentées au fromage frais rappelle que la fermentation lactique développe les composés aromatiques qui manquent le plus aux produits non fermentés. En pratique, laisser la base cajou mixée fermenter douze à vingt-quatre heures à température ambiante avec une cuillère à soupe de yaourt végétal avant de la chauffer change nettement le profil de goût. Notre page sur les fromages végétaux maison détaille les variantes au soja et à l’amande.

Sécurité: allergènes, conservation, cuisson

La noix de cajou n’est pas un ingrédient anodin. Une mise à jour publiée dans Allergy, Asthma & Immunology Research en 2025 sur les allergies aux fruits à coque et aux graines relève que ces allergies sont souvent sévères, apparaissent typiquement dans l’enfance et persistent fréquemment à vie, et que le recoupement clinique le plus fort est observé entre la noix de cajou et la pistache. Les auteurs rappellent que la prise en charge d’une réaction anaphylactique repose en première intention sur l’adrénaline intramusculaire.

Pour un repas partagé, cela impose une règle simple: si vous servez une préparation au cajou, dites-le explicitement et gardez les préparations séparées sur des plats distincts. Une personne allergique aux fruits à coque ne peut pas identifier visuellement un fromage végétal au cajou d’un fromage végétal à l’huile de coco. Notre guide de cuisine sans gluten, sans noix et sans soja donne les substitutions correspondantes.

Côté conservation, une préparation maison au cajou contient beaucoup d’eau, peu de sel et pas d’agent de conservation. Elle se garde au réfrigérateur et se consomme dans les deux à trois jours. Les produits industriels portent une date à respecter une fois l’emballage ouvert, généralement plus courte que la date de durabilité minimale imprimée.

Côté cuisson, les préparations à base d’amidon et les préparations maison ne se comportent pas comme le fromage: elles ne dorent pas, elles se dessèchent. Sur un poêlon, elles supportent mal une chaleur prolongée. Les sortir dès qu’elles sont fondues, plutôt que d’attendre la coloration qu’un fromage prendrait, évite la texture caoutchouteuse la plus courante.

Le sel: le paramètre que l’on oublie

Une assiette de raclette d’été bien construite peut apporter très peu de sel ou beaucoup, et la différence ne vient presque jamais de la salière.

Les quatre sources qui comptent, dans l’ordre: le produit à fondre, entre 1,2 et 1,9 g de sel pour 100 g selon le type; la marinade, jusqu’à 4,2 g pour deux cuillères à soupe de sauce soja; le pain d’accompagnement, à 1,6 g pour 100 g selon la moyenne suisse; et les condiments vinaigrés. Une assiette au fromage ou à l’analogue coco atteint 2,7 à 2,9 g de sel, soit près de la moitié de l’apport de référence quotidien, avant même d’avoir touché aux condiments.

Les trois leviers efficaces sont de réduire la quantité de produit à fondre plutôt que de le remplacer, d’acidifier la marinade au lieu de la saler, et de compter le pain dans le total. Passer de 200 g à 150 g de produit à fondre retire à lui seul de 0,6 à 0,95 g de sel selon le produit.

Erreurs fréquentes

Prendre le produit à l’huile de coco pour un produit allégé. C’est l’erreur qui coûte le plus cher nutritionnellement: 17,4 g d’acides gras saturés pour 100 g, contre 16,7 g pour le fromage à raclette, et 0,5 g de protéines contre 25,9 g.

Servir 200 g de produit à fondre par personne. La quantité héritée de la raclette d’hiver n’a pas de justification en été, où les légumes grillés occupent déjà l’assiette. À 150 g, on retire environ 125 kcal et 0,3 g de sel sans que personne ne le remarque.

Compter sur le fromage végétal pour le calcium. Aucune des deux alternatives de la base suisse n’atteint le seuil de 120 mg pour 100 g qui permettrait de parler de source de calcium. Le calcium d’un repas sans produits laitiers vient du tofu, des boissons végétales enrichies, des légumes verts et de l’eau minérale calcique, pas du produit à fondre.

Saler la marinade à la sauce soja sans compter. Deux cuillères à soupe suffisent à apporter 70 % de l’apport de référence quotidien en sel pour l’ensemble de la préparation.

Griller les légumes sans marinade sur un barbecue à charbon. La marinade acide réduit la formation de HAP4 de 52 à 75 % selon l’acidifiant, ce qui en fait un geste technique et pas seulement gustatif.

Ne pas signaler la présence de cajou. Un plat partagé est le contexte type de l’exposition accidentelle, et la noix de cajou fait partie des fruits à coque les plus souvent impliqués dans les réactions sévères.

Selon votre situation

Vous mangez des produits laitiers et cherchez surtout à alléger. Ne remplacez pas le fromage: réduisez-le. Passer de 200 à 120 g de raclette et augmenter la part de légumes et de tofu retire environ 14 g d’acides gras saturés sans rien perdre du calcium et de la B12 qui font l’intérêt du fromage.

Vous êtes végétalien et le calcium vous préoccupe. Construisez l’assiette autour du tofu ferme, ajoutez une boisson végétale enrichie au repas, et traitez le produit à fondre comme un condiment. L’assiette tofu du tableau atteint 277 mg de calcium; le verre de boisson enrichie ajoute 300 mg.

Vous surveillez votre tension ou votre apport en sel. L’assiette tofu ou tempeh à 0,6 g de sel est le seul des quatre scénarios compatible avec un apport quotidien maîtrisé. Le produit à fondre et la sauce soja sont les deux postes à revoir en priorité.

Vous recevez des invités aux profils mélangés. Séparez physiquement les préparations et étiquetez-les, en particulier celle au cajou. Prévoir du tofu mariné en plus du produit à fondre permet à chacun de composer son assiette sans négocier.

Vous voulez le meilleur rapport goût-nutrition. La base cajou maison fermentée douze heures, servie en petite quantité sur des légumes marinés au vinaigre, donne un profil bien meilleur que n’importe quel produit à fondre du commerce, pour un coût de préparation d’une vingtaine de minutes actives.

Ce que cette page ne peut pas dire

Les valeurs utilisées ici sont des valeurs moyennes de la Base suisse de données des valeurs nutritives. Les deux entrées «alternative au fromage» couvrent des catégories de produits, pas des marques précises: un produit particulier peut s’écarter sensiblement de ces moyennes, et l’étiquette du produit que vous achetez prime toujours sur une valeur moyenne.

Les études de marché citées portent sur les marchés slovène, irlandais et suédois, pas sur le marché suisse. Elles donnent la direction et l’ordre de grandeur des écarts, pas des valeurs directement transposables aux produits vendus en Suisse.

Les données sur les hydrocarbures aromatiques polycycliques proviennent d’une expérimentation sur grill au charbon de bois, dans des conditions contrôlées. L’ampleur de la réduction dépend du temps de cuisson, de la distance à la braise et du type de légume, et les pourcentages cités sont des moyennes d’inhibition, pas des garanties.

Enfin, les assiettes comparées sont des calculs à partir de valeurs de table, pas des mesures faites sur des plats réellement cuisinés. La cuisson modifie la teneur en eau et donc les valeurs pour 100 g; les totaux par assiette restent en revanche valides, puisque la quantité de nutriment ne change pas avec l’évaporation.

Questions fréquentes

Un fromage végétal fond-il comme du fromage? Non, et pour une raison physique. Les fromages laitiers présentent des transitions de fonte en deux phases, tandis que la plupart des analogues végétaux montrent un pic unique vers 20 °C, selon l’analyse par calorimétrie différentielle des seize produits du marché irlandais. En pratique, le produit végétal passe de solide à liquide plus brutalement et ne file pas de la même manière.

Le fromage à raclette suisse est-il végétarien? Cela dépend de la présure utilisée, et la présure est un auxiliaire technologique qui n’apparaît pas dans la liste des ingrédients. Seule la mention de l’article 40 de l’ordonnance sur l’information, apposée volontairement par le fabricant, permet de trancher sur l’emballage. Notre page sur les alternatives végétales au fromage suisse détaille la question.

L’huile de coco est-elle meilleure que les autres graisses? Une revue systématique et méta-analyse publiée dans Diabetology & Metabolic Syndrome en 2025, portant sur quatorze essais randomisés et 1049 participants, a mesuré une baisse des triglycérides de 12,12 mg/dl (IC 95 % de -23,14 à -1,09) et une hausse du HDL de 7,91 mg/dl (IC 95 % de 4,41 à 11,40) avec l’huile de coco vierge, sans effet significatif sur les autres marqueurs lipidiques, la glycémie à jeun, les mesures anthropométriques, la pression artérielle ou la CRP. Cela ne fait pas de l’huile de coco un aliment à privilégier: les 17,4 g d’acides gras saturés pour 100 g de l’analogue restent 87 % de l’apport de référence quotidien.

Combien de protéines faut-il viser dans une assiette de raclette végétale? Il n’y a pas de cible par repas. L’assiette tofu du tableau apporte 40,8 g de protéines, soit 82 % de l’apport de référence quotidien de 50 g de l’annexe 10, ce qui est largement suffisant pour un repas. Notre guide complet des protéines végétales traite des besoins sur la journée.

Faut-il un appareil à raclette pour une version d’été? Non. Les poêlons se posent sur une plancha ou un barbecue électrique, et une poêle antiadhésive sur le feu fonctionne pour faire fondre une préparation maison. La contrainte réelle est la chaleur douce: les préparations à base d’amidon se dessèchent sur une source trop chaude.

Les alternatives végétales apportent-elles de la vitamine B12? Les deux entrées de la base suisse sont à zéro. Contrairement à certaines boissons végétales, les alternatives au fromage sont rarement enrichies. La B12 d’un repas végétalien vient d’aliments enrichis ou d’un complément, sujet traité dans notre page sur la vitamine B12.

Peut-on congeler une préparation maison au cajou? La texture souffre nettement à la décongélation, l’amidon relâchant son eau. Il vaut mieux préparer la quantité nécessaire, la base se réalisant en une quinzaine de minutes une fois les noix trempées.

Quel légume grillé rassasie le plus pour le moins de calories? Le champignon de Paris, à 25 kcal et 3,7 g de protéines pour 100 g, avec 58,8 % de son énergie sous forme de protéines. L’aubergine suit avec 2,7 g de fibres pour 21 kcal, à condition de ne pas la gorger d’huile.

Sources