
Faut-il absolument acheter bio ? Laver, peler ou payer plus cher
En 2024, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires a analysé 405 échantillons de denrées d’origine végétale prélevés dans onze cantons. Un ou plusieurs résidus de produits phytosanitaires ont été détectés dans 257 d’entre eux, soit 63 %. Dix échantillons, soit 2,5 %, dépassaient une limite maximale de résidus, et sept étaient non conformes après prise en compte de l’incertitude de mesure.
Ces trois chiffres résument le problème mieux que n’importe quel discours. Trouver un résidu est banal. Dépasser la limite légale ne l’est pas. Et l’écart entre les deux explique pourquoi la question « faut-il acheter bio » n’a pas de réponse unique : elle mélange une question de sécurité, où les données sont rassurantes, une question d’environnement, où elles le sont moins, et une question de budget, qui reste la vôtre.
Cette page donne les chiffres suisses par produit, ce que le lavage retire réellement selon les essais publiés, ce que peler coûte en nutriments, et ce que dit la recherche quand on cherche un effet du bio sur la santé plutôt que sur la teneur en résidus.
Ce que le contrôle suisse mesure vraiment
Le monitorage de l’OSAV existe parce qu’un problème méthodologique a été identifié. Le Plan d’action Produits phytosanitaires adopté par le Conseil fédéral le 6 septembre 2017 comprenait une mesure visant à analyser toutes les données disponibles sur les résidus. L’OSAV a conclu que ces données ne convenaient pas, parce qu’elles provenaient de prélèvements ciblés sur les risques, donc non représentatifs, et de campagnes annuelles sans continuité garantie. Un programme de monitorage distinct a donc été créé en 2019, avec un plan d’échantillonnage fondé sur la production et la consommation réelles.
Voici les résultats 2024 par produit, sur des échantillons prélevés dans le commerce.
| Produit | Échantillons | Avec résidu détecté | Au-dessus de la limite légale |
|---|---|---|---|
| Cerises | 31 | 31 (100 %) | 1 (3,2 %) |
| Poires | 29 | 28 (97 %) | 0 |
| Abricots | 29 | 27 (93 %) | 3 (10,3 %) |
| Pommes | 30 | 28 (93 %) | 0 |
| Fraises | 28 | 26 (93 %) | 1 (3,6 %) |
| Carottes | 30 | 25 (83 %) | 1 (3,3 %) |
| Laitue | 30 | 24 (80 %) | 0 |
| Pommes de terre | 30 | 19 (63 %) | 0 |
| Chou-fleur | 25 | 13 (52 %) | 0 |
| Chou blanc | 30 | 15 (50 %) | 0 |
| Farine de blé | 30 | 14 (47 %) | 1 (3,3 %) |
| Courgettes | 30 | 7 (23 %) | 0 |
| Huile de colza | 31 | 0 (0 %) | 0 |
| Huile de tournesol | 22 | 0 (0 %) | 0 |
| Total | 405 | 257 (63 %) | 10 (2,5 %) |
Deux enseignements sortent de ce tableau, et aucun des deux ne figure dans les listes de fruits à acheter en bio qui circulent en ligne.
Le premier : la fréquence de détection et le taux de dépassement ne vont pas ensemble. Les cerises contiennent un résidu dans 100 % des cas et dépassent la limite dans 3,2 % des cas. Les abricots en contiennent dans 93 % des cas mais dépassent dans 10,3 % des cas, le taux le plus élevé de la campagne. La courgette, avec 23 % de détections, est le légume le plus propre du panel. Trier ses achats sur la fréquence de détection revient donc à trier sur le mauvais indicateur.
Le second : la tendance monte lentement. Les échantillons contenant au moins un résidu sont passés de 54 % en 2020 à 53 % en 2021, 57 % en 2022, 59 % en 2023 et 63 % en 2024. Les dépassements suivent le même mouvement, de 0,7 % en 2020 à 2,5 % en 2024. Une partie de cette hausse tient à l’amélioration des méthodes analytiques, qui détectent des quantités toujours plus faibles, mais la progression est réelle et mérite d’être dite.
Pour 2025, l’OSAV a changé de méthode d’échantillonnage en s’alignant sur le programme européen : 153 échantillons ont été analysés, dont près de deux tiers, soit 64 %, ne contenaient aucun résidu, et aucun ne dépassait la valeur maximale autorisée.
À l’échelle européenne, les ordres de grandeur sont comparables. Dans son rapport publié en 2025, l’EFSA a analysé 13 246 échantillons prélevés au hasard en 2023 dans le cadre du programme coordonné de l’UE : 99 % étaient conformes à la législation, 70 % ne contenaient aucun résidu quantifiable, 28 % en contenaient dans les limites légales, et 2 % dépassaient une limite dont 1 % étaient non conformes après prise en compte de l’incertitude de mesure. L’EFSA conclut à un risque faible pour la santé des consommateurs à partir de l’exposition estimée.
Bio et conventionnel : ce que les analyses trouvent, et ce qu’elles ne trouvent pas
Deux revues de référence, arrivées à des conclusions opposées en apparence, disent en réalité la même chose une fois qu’on lit ce qu’elles ont mesuré.
La méta-analyse publiée en 2014 dans le British Journal of Nutrition porte sur 343 publications évaluées par les pairs. Elle trouve des concentrations d’antioxydants nettement plus élevées dans les cultures biologiques : les acides phénoliques y sont supérieurs de 19 % (IC 95 % : 5 à 33), les flavanones de 69 % (13 à 125), les stilbènes de 28 % (12 à 44), les flavones de 26 % (3 à 48), les flavonols de 50 % (28 à 72) et les anthocyanes de 51 % (17 à 86). Elle trouve aussi une fréquence de résidus de pesticides quatre fois plus élevée dans les cultures conventionnelles, et des concentrations significativement plus élevées de cadmium, un métal toxique.
La revue systématique publiée en 2012 dans Annals of Internal Medicine a examiné 17 études chez l’humain et 223 études de composition. Elle conclut que la littérature publiée manque de preuves solides que les aliments bio soient significativement plus nutritifs, et que leur consommation peut réduire l’exposition aux résidus de pesticides et aux bactéries résistantes aux antibiotiques. Le risque de contamination par des résidus détectables est inférieur de 30 points de pourcentage pour les produits bio (IC 95 % : -37 à -23), mais la différence de risque de dépassement des limites légales est faible. Sur les trois seules études cliniques disponibles, aucune différence significative n’a été trouvée pour l’eczéma, les sifflements respiratoires, la sensibilisation atopique ou les infections symptomatiques à Campylobacter.
L’écart entre ces deux conclusions ne vient pas d’un désaccord sur les données, mais du choix de la variable. Sur la teneur en résidus, la différence est nette et constante. Sur la teneur en nutriments, elle existe pour les composés phénoliques mais reste noyée dans la variabilité des variétés, de la maturité et du stockage. Sur les résultats de santé mesurés chez des personnes, elle n’a jamais été démontrée de manière convaincante.
C’est ce dernier point qui mérite le plus d’attention, parce que c’est celui sur lequel les publicités s’appuient le plus. La cohorte française NutriNet-Santé, publiée en 2018 dans JAMA Internal Medicine, a suivi 68 946 personnes et observé 1340 premiers cancers. Le quartile de consommation bio la plus élevée présentait un rapport de risque de 0,75 (IC 95 % : 0,63 à 0,88) par rapport au quartile le plus bas, soit une réduction de risque absolu de 0,6 %. Ce résultat a beaucoup circulé. Une méta-analyse publiée en 2025 dans Life, qui a agrégé les études disponibles, ne retrouve aucune différence : rapport de risque de 0,93 (IC 95 % : 0,78 à 1,12) pour le cancer global, 1,01 (0,81 à 1,26) pour le cancer du sein, 1,01 (0,93 à 1,10) pour le cancer colorectal.
Une cohorte danoise publiée en 2025 dans l’European Journal of Preventive Cardiology, portant sur 41 407 participants suivis pendant une durée médiane de seize ans, avec 5365 événements cardiovasculaires athéroscléreux, trouve une incidence inférieure de 6 % chez les consommateurs de produits bio. Une réduction de 6 % dans une cohorte observationnelle où les consommateurs de bio fument moins, bougent plus et mangent plus de légumes reste très difficile à attribuer au bio lui-même.
Laver : ce que ça retire, et ce que ça ne retire pas
Le lavage est la seule mesure gratuite de cette page, et les données à son sujet sont plus favorables qu’on ne le croit, à condition de savoir ce qu’on mesure.
Une étude publiée en 2025 dans Foods a testé des ingrédients ménagers et quatre produits commerciaux sur un pesticide modèle, le thiabendazole, appliqué sur des pommes, avec une quantification par spectroscopie Raman exaltée de surface et validation par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse. Le trempage dans 2 % d’amidon de maïs suivi d’un trempage dans 5 % de bicarbonate a retiré 91,78 % du pesticide sans surfactant, et 94,13 % en présence d’un surfactant non ionique. Le meilleur produit commercial est monté à 95,9 %, mais les auteurs relèvent des préoccupations sur sa composition et concluent en faveur des méthodes maison.
Une étude publiée en 2025 dans BMC Plant Biology a comparé eau distillée, vinaigre à 5 % et bicarbonate de sodium à 5 % sur des cerises traitées au malathion et au boscalid associé à la pyraclostrobine. C’est l’eau distillée qui a réduit le plus les résidus, devant le bicarbonate puis le vinaigre. Les traitements au bicarbonate ont en revanche provoqué une perte de masse plus importante et dégradé la fermeté du fruit.
Trois conséquences pratiques découlent de ces essais, et elles ne vont pas toutes dans le sens attendu.
D’abord, l’eau seule fait déjà l’essentiel du travail, et c’est la méthode qui abîme le moins le produit. Le bicarbonate ajoute un gain mesurable sur certains pesticides de surface, mais le résultat dépend de la molécule et du fruit, et il n’est pas gratuit en qualité.
Ensuite, le vinaigre, qui est le remède maison le plus recommandé, arrive dernier dans l’essai sur les cerises. Sa réputation dépasse ses résultats.
Enfin, et c’est la limite décisive, aucune de ces méthodes n’agit sur les pesticides systémiques. Un produit systémique est absorbé par la plante et circule dans ses tissus : il n’est pas sur le fruit, il est dans le fruit. Aucun lavage ne le retire. Le lavage travaille sur la fraction de surface, il retire aussi la terre, les débris et une partie des micro-organismes, ce qui reste une bonne raison de le faire systématiquement.
Peler : le calcul est moins favorable qu’il n’y paraît
Peler retire la couche où les résidus de contact sont les plus concentrés. Le geste a donc une logique. Ce qu’il coûte est rarement chiffré.
Sur la table Ciqual 2020 de l’ANSES, une pomme avec peau contient 6,2 mg de vitamine C et 1,40 g de fibres pour 100 g, contre 4,0 mg et 1,30 g pour la même pomme pelée : la vitamine C baisse de 36 %, les fibres de 7 %. Un concombre avec peau contient 8,2 mg de vitamine C pour 100 g, contre 3,5 mg pelé, soit une perte de 57 %. Le potassium passe de 119 à 90 mg pour la pomme, et de 157 à 140 mg pour le concombre.
Ces pertes sont réelles mais modestes en valeur absolue, parce que la pomme et le concombre ne sont de toute façon pas des sources majeures de vitamine C. Le vrai coût du pelage est ailleurs : c’est un geste qui produit des déchets, qui prend du temps, et qui échoue précisément sur ce qu’il vise, puisqu’il ne fait rien contre les molécules systémiques.
Deux cas justifient tout de même de peler, et ils n’ont rien à voir avec les pesticides. Les pommes de terre qui ont verdi ou germé doivent être pelées généreusement et les parties vertes éliminées, à cause de la solanine. Et les racines très terreuses gagnent à être brossées ou pelées pour des raisons d’hygiène simple.
Ce que le label bio garantit en Suisse, et ce qu’il ne garantit pas
En Suisse, l’agriculture biologique est régie par l’ordonnance sur l’agriculture biologique, RS 910.18. Son article 3 pose les principes : prise en considération des cycles et processus naturels, évitement des matières auxiliaires et ingrédients chimiques de synthèse, interdiction des organismes génétiquement modifiés et de leurs produits dérivés dans les denrées, aliments pour animaux, produits phytosanitaires, engrais et matériel de multiplication, interdiction des rayonnements ionisants, adaptation du nombre d’animaux à la surface disponible.
Deux règles de cette ordonnance sont plus contraignantes que ce que le public imagine généralement. L’article 6 pose le principe de la globalité : l’ensemble de l’exploitation doit être conduit selon les règles biologiques, pas seulement la parcelle qui porte le label. L’article 8 impose une reconversion de deux ans, période durant laquelle l’exploitation est considérée comme en reconversion, les dispositions de l’ordonnance devant déjà être respectées. On ne devient donc pas bio en changeant d’étiquette au 1er janvier.
Ce que le label ne garantit pas mérite d’être dit avec la même clarté. Il ne garantit pas l’absence totale de résidus : le monitorage de l’OSAV porte sur des denrées conventionnelles et biologiques, suisses et étrangères, précisément parce que les deux sont concernées. Il ne garantit pas une qualité nutritionnelle supérieure du produit fini, comme le montre la revue de 2012. Et il ne dit rien de la composition d’un produit transformé : une pizza bio, un biscuit bio ou une boisson bio restent des produits transformés, dont le sel, le sucre et la matière grasse s’évaluent sur la déclaration nutritionnelle et non sur le logo.
L’argument environnemental, avec son revers
C’est probablement le terrain où le bio a les données les plus solides, et c’est aussi celui où le compromis est le plus net.
Une méta-analyse publiée en 2022 dans Ecology Letters a quantifié l’arbitrage entre biodiversité et rendement. L’agriculture biologique s’accompagne d’un gain de biodiversité de 23 %, avec un coût de rendement d’ampleur comparable. Les auteurs ont construit un indice de compatibilité pour savoir si le gain de biodiversité dépasse la perte de rendement : sa valeur globale est proche de zéro, négative pour les céréales, positive pour les cultures non céréalières. Autrement dit, produire la même quantité en bio demande plus de surface, et cette surface se prend quelque part.
Une méta-analyse de 32 études publiée en 2024 dans Heliyon documente un autre aspect concret : les pratiques biologiques augmentent la densité et la diversité des adventices par rapport aux pratiques conventionnelles, ce qui est cohérent avec le renoncement aux herbicides de synthèse et explique une partie du surcoût de main-d’œuvre.
Ce compromis n’invalide pas le choix du bio. Il le déplace : le bénéfice principal est local et porte sur la vie du sol, les insectes et la qualité de l’eau, pas sur l’empreinte carbone par kilo produit, où l’avantage est bien plus discutable.
Le marché suisse en chiffres, et ce que ça change pour votre panier
La Suisse n’est pas un pays où le bio serait marginal. Selon les chiffres publiés par Bio Suisse pour 2025, le chiffre d’affaires des aliments bio a atteint 4,266 milliards de francs, la part du bio dans le commerce de détail s’établit à 12,3 %, et les dépenses annuelles par habitant atteignent 468 francs, le montant le plus élevé d’Europe devant le Danemark, l’Autriche, le Luxembourg et la Suède. Depuis 2023, la Suisse détient la plus grande part de marché bio au monde. Fin 2025, 7467 exploitations produisaient selon le Cahier des charges de Bio Suisse, et 18,4 % de la surface agricole utile étaient exploités en bio.
La répartition par catégorie est plus instructive que le total. Les œufs bio arrivent en tête avec près de 28 % de part de marché, suivis des légumes, salades et pommes de terre à 27 %, puis du pain à 24,6 %. Les fruits et légumes représentent le chiffre d’affaires bio le plus élevé, à 770 millions de francs. La Suisse alémanique vend trois fois plus d’aliments bio que la Suisse romande.
Ce que ces chiffres impliquent pour un panier végétarien : les catégories où l’offre bio est la plus développée, donc où l’écart de prix est le mieux amorti par les volumes, sont justement les légumes, les pommes de terre, le pain et les œufs, c’est-à-dire la base d’une alimentation sans viande. C’est un argument budgétaire concret, et il vaut mieux que les classements de fruits importés d’outre-Atlantique.
Comment décider, concrètement
Si le budget impose de choisir, voici l’ordre qui découle des données ci-dessus plutôt que des habitudes.
Commencez par les produits que vous mangez tous les jours en quantité, pas par ceux qui font peur. Manger une pomme par jour pèse davantage dans une exposition annuelle qu’un kilo de fraises consommé en juin. Le pain, les pommes de terre et les légumes de base sont aussi les catégories où l’offre bio suisse est la plus mature.
Lavez tout, systématiquement, à l’eau. C’est gratuit, cela retire la terre et une partie des résidus de surface, et l’essai sur les cerises rappelle que l’eau seule fait déjà mieux que le vinaigre.
Ne pelez pas par principe. Le pelage coûte de la vitamine C, jusqu’à 57 % pour un concombre, sans agir sur les molécules systémiques. Gardez-le pour les racines très terreuses et les pommes de terre verdies ou germées.
Ne payez pas un supplément bio sur un produit transformé en croyant acheter de la qualité nutritionnelle. Regardez la déclaration nutritionnelle, elle est obligatoire, et elle vous dira ce que le logo ne dit pas.
Achetez de saison quand c’est possible. C’est le seul critère qui aligne le prix, le goût et l’impact dans le même sens, sans arbitrage.
Et acceptez que le panier ne soit pas homogène. La combinaison la plus défendable, au regard des chiffres suisses, est un panier majoritairement conventionnel bien lavé et de saison, avec du bio ciblé sur les aliments consommés quotidiennement.
Les erreurs fréquentes
Trier ses achats sur la fréquence de détection des résidus. Les cerises affichent 100 % de détection et 3,2 % de dépassement, les abricots 93 % de détection et 10,3 % de dépassement. Les deux indicateurs ne classent pas les produits dans le même ordre.
Croire qu’un résidu détecté signale un danger. La détection dit que la molécule est présente au-dessus de la limite de quantification du laboratoire, ce qui n’a rien à voir avec la limite maximale de résidus. En 2024, 63 % des échantillons suisses contenaient un résidu et 2,5 % dépassaient une limite.
Utiliser des listes de fruits établies pour un autre marché. Ces classements reposent sur des échantillonnages nationaux, avec d’autres substances autorisées et d’autres pratiques agricoles. Le monitorage de l’OSAV mesure ce qui est vendu en Suisse.
Compter sur le vinaigre. Dans l’essai sur les cerises, il arrive derrière l’eau distillée et le bicarbonate.
Peler pour éliminer les pesticides. Le pelage n’atteint pas les molécules systémiques, celles qui circulent dans les tissus de la plante, et retire une part mesurable de vitamine C.
Assimiler bio et sain sur un produit transformé. Le logo porte sur le mode de production agricole, pas sur la composition du produit fini.
Attendre du bio un effet démontré sur la santé. La méta-analyse de 2025 dans Life ne trouve aucune association avec le risque de cancer global ou par site. La raison d’acheter bio est réglementaire et environnementale avant d’être médicale.
Selon les situations
Pour une famille avec de jeunes enfants, la logique consiste à cibler les quelques aliments consommés en grande quantité rapportés au poids corporel, typiquement les fruits du goûter et les produits céréaliers du petit-déjeuner, plutôt que de disperser le budget sur l’ensemble du panier.
Pour une personne enceinte, les recommandations utiles portent sur l’hygiène plutôt que sur le label : lavage soigneux de tous les végétaux crus, en raison des micro-organismes et non des pesticides. Les questions spécifiques se règlent avec un professionnel de santé.
Pour un budget serré, l’ordre est clair : légumes de saison conventionnels bien lavés et cuisinés maison battent, sur presque tous les critères, un panier bio partiellement gaspillé. Le gaspillage annule tout arbitrage.
Pour qui achète en circuit court, la question du label perd de sa pertinence : beaucoup de petites exploitations pratiquent une production peu traitée sans certification, celle-ci ayant un coût administratif que le volume ne justifie pas toujours. La conversation avec le producteur donne des informations qu’aucun logo ne fournit.
Les limites de cette page
Les données de composition sur le pelage viennent de la table Ciqual 2020, qui est française et donne des moyennes par produit, sans distinction de variété ni de mode de production. Les écarts entre une pomme précoce et une pomme de garde dépassent souvent l’écart entre pelée et non pelée.
Les résultats 2024 de l’OSAV portent sur quatorze denrées seulement, choisies selon la production et la consommation suisses. Ils ne disent rien des autres produits du rayon, notamment des fruits exotiques et des produits transformés importés.
Les essais de lavage cités portent sur un ou deux pesticides modèles appliqués en conditions contrôlées, sur pomme et sur cerise. Les taux de retrait de 91 à 94 % ne se transposent pas mécaniquement à toutes les molécules ni à tous les végétaux.
Les études d’observation sur bio et santé ne peuvent pas séparer l’effet du bio de celui du mode de vie qui l’accompagne. C’est la raison principale pour laquelle la cohorte NutriNet-Santé et la méta-analyse de 2025 ne concordent pas.
Enfin, les chiffres de marché de Bio Suisse proviennent d’un acteur de la filière, ce qui n’invalide pas leur mesure mais justifie de les lire comme des données de branche.
Questions fréquentes
Les fruits et légumes suisses contiennent-ils des pesticides ? Souvent, oui, à des quantités le plus souvent conformes. En 2024, sur 405 échantillons analysés par l’OSAV, 63 % contenaient au moins un résidu détectable et 2,5 % dépassaient une limite maximale.
Laver les fruits élimine-t-il les pesticides ? En partie. Un essai de 2025 publié dans Foods obtient 91,78 % de retrait d’un pesticide modèle sur pomme avec un trempage à l’amidon suivi d’un trempage au bicarbonate. Aucun lavage n’agit sur les pesticides systémiques, absorbés à l’intérieur de la plante.
Le vinaigre est-il efficace pour laver les fruits ? Moins que l’eau dans les essais disponibles. Sur des cerises, l’étude de 2025 parue dans BMC Plant Biology classe l’eau distillée devant le bicarbonate, lui-même devant le vinaigre.
Faut-il peler les fruits pour être tranquille ? Ce n’est pas le meilleur arbitrage. Peler une pomme retire 36 % de sa vitamine C selon Ciqual, un concombre 57 %, sans atteindre les molécules systémiques.
Le bio est-il meilleur pour la santé ? Sur la teneur en résidus, la différence est établie : le risque de contamination détectable est inférieur d’environ 30 points de pourcentage selon la revue de 2012 parue dans Annals of Internal Medicine. Sur les résultats de santé mesurés, la méta-analyse de 2025 parue dans Life ne trouve pas d’association avec le risque de cancer.
Le bio contient-il plus de nutriments ? Pour les composés phénoliques, la méta-analyse de 2014 parue dans le British Journal of Nutrition trouve des écarts significatifs, jusqu’à 69 % pour les flavanones. Pour les vitamines et minéraux courants, les estimations sont très hétérogènes et la revue de 2012 ne conclut pas à une supériorité nutritionnelle.
Que garantit exactement le label bio suisse ? L’ordonnance RS 910.18 impose l’évitement des intrants chimiques de synthèse, l’interdiction des OGM et des rayonnements ionisants, la conduite biologique de toute l’exploitation selon l’article 6 et une reconversion de deux ans selon l’article 8. Elle ne garantit pas l’absence de tout résidu.
Quelle part du marché suisse est bio ? 12,3 % du commerce de détail alimentaire en 2025 selon Bio Suisse, pour 4,266 milliards de francs de chiffre d’affaires, avec des parts plus élevées pour les œufs (près de 28 %), les légumes, salades et pommes de terre (27 %) et le pain (24,6 %).
Le bio est-il meilleur pour l’environnement ? Sur la biodiversité, oui : la méta-analyse de 2022 parue dans Ecology Letters mesure un gain de 23 %. Ce gain s’accompagne d’une baisse de rendement d’ampleur comparable, ce qui déplace la question vers la surface nécessaire pour produire la même quantité.
Pour aller plus loin
Pour comprendre ce que recouvrent les certifications, l’article sur les labels suisses Bio, Demeter et Bourgeon détaille les cahiers des charges.
Sur l’achat de saison et local, voir adapter ses repas végétariens aux saisons et manger local en hiver, qui traitent la question du calendrier réel de disponibilité.
Sur les légumineuses bio suisses, filière où le surcoût est le mieux documenté, voir manger local : zoom sur les légumineuses bio suisses et cuisiner les légumineuses locales pour réduire le bilan carbone.
Comme le gaspillage annule tout arbitrage budgétaire, voir bien stocker fruits, légumes et légumineuses et les gestes anti-gaspillage. Pour les épluchures encore utilisables, voir le pesto de fanes.
Enfin, sur l’économie d’une filière locale prise en exemple, comprendre l’économie locale du tofu en Suisse montre comment se forme un écart de prix.
Sources
- OSAV, Monitorage de résidus de produits phytosanitaires dans les denrées alimentaires, résultats 2024
- OSAV, Résidus de produits phytosanitaires dans les aliments : résultats du monitorage 2025
- Ordonnance sur l’agriculture biologique et la désignation des produits et des denrées alimentaires biologiques, RS 910.18
- EFSA, Pesticides residues in food: what’s the situation in the EU, mai 2025
- Bio Suisse, Le bio en chiffres 2025
- Table de composition Ciqual 2020, ANSES
- Baranski et al., teneurs plus élevées en antioxydants et plus faibles en cadmium dans les cultures biologiques, méta-analyse, British Journal of Nutrition, 2014
- Smith-Spangler et al., les aliments biologiques sont-ils plus sûrs ou plus sains, revue systématique, Annals of Internal Medicine, 2012
- Baudry et al., fréquence de consommation d’aliments biologiques et risque de cancer, cohorte NutriNet-Santé, JAMA Internal Medicine, 2018
- Consommation d’aliments biologiques et risque de cancer, revue systématique et méta-analyse, Life, 2025
- Consommation d’aliments biologiques et maladies cardiovasculaires athéroscléreuses, cohorte danoise, European Journal of Preventive Cardiology, 2025
- Efficacité des agents de lavage ménagers et commerciaux sur les résidus de thiabendazole, Foods, 2025
- Effet des traitements de lavage sur les résidus de pesticides des cerises, BMC Plant Biology, 2025
- Arbitrage entre biodiversité et rendement en agriculture biologique, méta-analyse, Ecology Letters, 2022
- Densité et diversité des adventices en agriculture biologique, méta-analyse, Heliyon, 2024