
Fermentations maison : choucroute, kimchi, kéfir d’eau
L’essentiel en bref
Une lacto-fermentation réussie tient à trois nombres. Le sel : environ 2,4 % du poids du chou, soit 24 g par kilo, d’après la recette de référence du National Center for Home Food Preservation, qui prescrit 3 cuillères à soupe de sel pour 5 livres de chou. La température : 21 à 24 °C, et non 18 °C comme on le lit souvent. La durée : 3 à 4 semaines à cette température, 5 à 6 semaines si votre cuisine est à 16-18 °C, et pratiquement rien en dessous de 16 °C.
Deux choses que la plupart des articles sur le sujet passent sous silence. D’abord, la sécurité ne vient pas du sel mais de l’acidification : Clostridium botulinum ne pousse plus en dessous de pH 4,6, et une fermentation immergée est justement un milieu privé d’oxygène, donc son terrain de prédilection tant que l’acide n’est pas là. Ensuite, la choucroute est un aliment salé : 100 g en apportent 661 mg de sodium selon la base USDA, soit 1,65 g de sel, un tiers de la limite journalière recommandée par l’OMS.
Je le dis d’emblée parce que c’est le genre de détail qui change la façon dont on mange ce qu’on a fabriqué.
Ce qui se passe réellement dans le bocal
La lacto-fermentation n’ensemence rien. Les bactéries lactiques sont déjà là, sur les feuilles de chou, en compagnie de tout le reste de la flore du champ. Le sel et l’absence d’oxygène ne font qu’une chose : donner l’avantage aux bactéries lactiques, qui tolèrent mal l’oxygène et bien le sel, sur les bactéries de putréfaction et les moisissures, qui ont besoin d’air.
Ces bactéries consomment les sucres du légume et rejettent de l’acide lactique. Le pH descend. Quand il passe sous 4,6, plus aucune bactérie pathogène connue en conserve domestique ne peut se développer, y compris C. botulinum. C’est le seuil que l’Organisation mondiale de la santé retient explicitement dans sa fiche sur le botulisme.
Cette mécanique a une conséquence que je trouve contre-intuitive et qu’il faut avoir en tête : la période dangereuse est le début, pas la fin. Un bocal qui vient d’être fermé est anaérobie mais pas encore acide. Chaque jour gagné sur la descente du pH est un jour de moins passé dans cette fenêtre. C’est pour cette raison que la température compte autant, et que fermenter dans une cuisine à 15 °C est une mauvaise idée : la fermentation ne démarre pas, mais l’anaérobiose, elle, est bien installée.
Le corollaire est rassurant : une choucroute franchement acide, qui pique le nez et fait grimacer, est une choucroute sûre. L’acidité n’est pas un effet secondaire, c’est le mécanisme de conservation lui-même.
Le sel : combien, et surtout lequel
La recette de référence publiée par le National Center for Home Food Preservation, qui reprend les directives de l’USDA, travaille par lots de 5 livres de chou (2,27 kg) avec 3 cuillères à soupe de sel, soit environ 54 g. On tombe sur 2,4 % du poids du légume.
La fourchette de 2 à 3 % qu’on voit circuler n’est donc pas fausse, mais elle est trop large aux deux extrémités. À 2 %, on est déjà au bas de ce que les protocoles testés acceptent. À 3 %, la fermentation ralentit sensiblement et le produit devient franchement salé. Pesez plutôt que de doser à la cuillère : 24 g par kilo de chou paré, sur une balance de cuisine, coûte dix secondes.
Le NCHFP est catégorique sur un point : ne réduisez pas le sel dans une choucroute ou des légumes en saumure. Dans les pickles au vinaigre, le sel n’est qu’un exhausteur et peut être diminué. Dans une fermentation, il fait partie du dispositif de sécurité.
Le type de sel compte aussi, et c’est là que je dois corriger un conseil qu’on lit partout. Le sel de mer non raffiné et le sel rose de l’Himalaya ne sont pas les meilleurs choix. Les recommandations du NCHFP sur les ingrédients de fermentation sont précises :
- Utilisez du sel de conserve ou du sel à saumure, sans additif.
- Évitez le sel en flocons : sa densité varie trop pour qu’un dosage volumétrique soit fiable.
- Évitez le sel iodé, qui fait foncer le produit.
- Les anti-agglomérants ajoutés aux sels de table troublent la saumure.
- Les substituts de sel à base de chlorure de potassium donnent un goût amer.
En Suisse, le sel de cuisine non iodé des grandes surfaces convient parfaitement. Le sel iodé, lui, est un bon réflexe pour le reste de la cuisine mais pas pour le bocal. Si le sujet de l’iode vous intéresse au-delà de ce cas particulier, nous l’avons traité dans un article dédié à l’équilibre de l’iode en alimentation végétarienne.
Choucroute : le protocole détaillé
Matériel
Comptez un volume de 4 litres de contenant pour 2,3 kg de légume, avec au moins 10 à 12 cm de vide au-dessus du chou. Ce n’est pas du luxe : la saumure monte, mousse et déborde plus qu’on ne l’imagine.
Le NCHFP accepte le grès, le verre et les plastiques de qualité alimentaire, et précise qu’un bocal Mason d’un litre ou de deux litres fonctionne mais entraîne davantage de pertes par altération, à cause du faible volume et du rapport surface-volume défavorable.
Le point sur lequel je veux insister, parce qu’il est mal compris : on ne stérilise pas un contenant de fermentation. Le protocole officiel dit de laver à l’eau chaude savonneuse et de rincer à l’eau très chaude, rien de plus. L’ébullition ne détruit de toute façon pas les spores de C. botulinum, comme le rappelle l’OMS, et la fermentation repose précisément sur la flore naturelle du légume. Le conseil « ébouillantez et stérilisez vos bocaux » relève de la mise en conserve, pas de la fermentation.
Il vous faut enfin un poids. Une assiette légèrement plus petite que l’ouverture, lestée de deux ou trois bocaux d’un litre remplis d’eau, fait l’affaire. La variante que le NCHFP décrit avec précision : un grand sac de congélation alimentaire scellé contenant 3 litres d’eau additionnés de 4,5 cuillères à soupe de sel. La saumure dans le sac évite de diluer le bocal en cas de fuite.
Étapes
- Choisissez et parez. Des têtes fermes. Le NCHFP recommande de râper et de démarrer la fermentation entre 24 et 48 heures après la récolte, ce qui, sur un marché, revient à travailler le chou le jour même de l’achat. Retirez les feuilles extérieures, rincez, coupez en quartiers et ôtez le trognon.
- Râpez fin. L’épaisseur d’une pièce de monnaie. Plus c’est fin, plus la surface d’échange est grande et plus l’acidification est rapide, ce qui rejoint l’objectif de sécurité évoqué plus haut.
- Salez et malaxez par lots. 2,3 kg de chou avec 54 g de sel, malaxés à mains propres jusqu’à ce que le jus perle. Tassez fermement dans le contenant, puis recommencez avec le lot suivant.
- Vérifiez l’immersion. Le chou doit se trouver 2 à 5 cm sous la saumure. S’il n’y a pas assez de jus, complétez avec une saumure bouillie puis refroidie, dosée à 1,5 cuillère à soupe de sel par litre d’eau, soit environ 22 g.
- Lestez et couvrez. Assiette, poids, puis un linge propre et épais sur l’ouverture. Le linge écarte les insectes et les spores de moisissures sans bloquer le gaz.
- Laissez à 21-24 °C. Trois à quatre semaines. À 16-18 °C, comptez cinq à six semaines. Sous 16 °C, la fermentation peut ne jamais démarrer. Au-dessus de 24 °C, le chou ramollit.
- Surveillez. Si vous lestez avec des bocaux, le NCHFP demande un contrôle deux à trois fois par semaine et le retrait du voile blanchâtre qui se forme en surface. Avec le sac de saumure scellé, on ne touche à rien jusqu’à l’arrêt du bullage.
- Conservez. Une choucroute complètement fermentée se garde plusieurs mois au réfrigérateur, bien couverte.
Sur ce dernier point, notez la formulation : complètement fermentée. Une choucroute mise au froid au bout de dix jours n’a pas fini son acidification et n’a pas les mêmes garanties. Si vous voulez le détail du geste, du choix du chou jusqu’à la mise en pot, l’atelier choucroute pas à pas reprend la manipulation étape par étape.
Le bocal hermétique, oui mais
Beaucoup de gens fermentent en bocal à joint de caoutchouc, en l’ouvrant tous les jours ou tous les deux jours pour évacuer le gaz. C’est faisable, mais deux réserves. D’une part, chaque ouverture réintroduit de l’air au moment où l’on aimerait justement l’éviter. D’autre part, un bocal réellement hermétique et oublié quelques jours peut atteindre une pression sérieuse. Le joint de caoutchouc d’un bocal à charnière joue le rôle de soupape et cède avant le verre, c’est d’ailleurs sa fonction. Un bocal à vis fermé à bloc, non.
Kimchi : ce qu’il faut savoir avant de se lancer
Le kimchi mérite un avertissement que la choucroute ne mérite pas : il n’existe pas de recette domestique testée en laboratoire de la même manière. Les recettes de choucroute publiées par le NCHFP ont été validées ; les recettes familiales coréennes, qui sont innombrables et excellentes, ne l’ont pas été selon le même protocole. Cela ne veut pas dire qu’elles sont dangereuses, cela veut dire qu’il faut appliquer soi-même les principes plutôt que suivre un dosage.
Le point délicat tient à la méthode : on sale le chou chinois en surface, on le laisse dégorger, puis on le rince. Le rinçage retire une part inconnue du sel. À la fin, la teneur en sel du produit n’est plus contrôlée par une pesée. La base USDA situe le kimchi commercial à 498 mg de sodium pour 100 g, soit 1,25 g de sel, un peu moins que la choucroute mais dans le même ordre de grandeur.
Trois principes à respecter, donc :
- Ne laissez jamais le kimchi hors saumure. Après avoir garni les feuilles, tassez fermement et laissez le liquide remonter. Si le sommet reste à sec, il moisira.
- Ne le laissez pas trois jours à température ambiante. Un à deux jours à 20 °C suffisent à démarrer l’acidification, ensuite le réfrigérateur prend le relais. La fermentation continue au froid, plus lentement, et c’est là que le goût se construit.
- Le sucre est facultatif et modéré. Une cuillère à soupe pour un chou entier nourrit la fermentation du début. Davantage donne un produit sucré qui met plus longtemps à s’acidifier.
Pour la pâte d’assaisonnement, gochugaru, ail, gingembre, sauce soja ou tamari, plus des légumes en julienne. Portez des gants : le piment coréen tache les mains et brûle les yeux plusieurs heures après.
Une remarque sur la version végétarienne : le kimchi traditionnel contient presque toujours de la sauce de poisson ou des crevettes fermentées. En remplaçant par du tamari, on perd un peu de profondeur umami. Un trait de bouillon de champignons séchés ou une cuillère de miso compense honnêtement, sans prétendre imiter l’original. Le même raisonnement vaut pour les sauces fermentées maison, sriracha ou sambal, qui reposent sur la même logique de piment et de sel.
Kéfir d’eau : la fermentation la plus rapide, et la plus sous-estimée
Le kéfir d’eau se fait en 24 à 48 heures. Les grains sont un consortium de bactéries lactiques et de levures pris dans une matrice de polysaccharides. C’est la présence des levures qui change tout par rapport à la choucroute.
La recette de base
Pour un litre : de l’eau non chlorée, 2 cuillères à soupe de grains, 3 cuillères à soupe de sucre, deux rondelles de citron bio, et éventuellement une figue sèche ou quelques raisins secs. On dissout le sucre, on ajoute le reste, on couvre d’un linge, on laisse 24 à 48 heures à température ambiante, on filtre, on récupère les grains pour le cycle suivant.
Jusque-là, rien de compliqué. Ce sont les deux points suivants que les recettes escamotent.
L’alcool
Les levures produisent de l’éthanol. C’est inévitable, c’est le principe même d’une fermentation avec levures. On lit souvent « moins de 1 % », mais ce chiffre circule sans source vérifiable et dépend entièrement de la quantité de sucre de départ, de la durée, de la température et de la souche. Aucun moyen domestique ne permet de le mesurer.
Concrètement : plus vous fermentez longtemps, plus il y a d’alcool, et une seconde fermentation en bouteille fermée en ajoute encore. Si vous servez du kéfir à des enfants, à une personne enceinte ou à quelqu’un qui évite l’alcool pour des raisons médicales ou religieuses, tenez-vous à une fermentation courte, ne faites pas de seconde fermentation, et gardez à l’esprit que la valeur exacte reste inconnue. Aucun chiffre rassurant ne peut être justifié sans mesure.
La pression
C’est le vrai risque du kéfir d’eau, et il est physique, pas microbiologique. Une bouteille fermée dans laquelle des levures continuent de manger du sucre accumule du CO₂ jusqu’à des pressions qui font éclater le verre. Les bouteilles à limonade avec bouchon mécanique sont conçues pour cela ; une bouteille de jus de fruit recyclée ne l’est pas.
Les règles simples : bouteilles épaisses prévues pour la carbonatation, remplissage aux trois quarts, réfrigération au bout de 12 à 24 heures de seconde fermentation, et ouverture au-dessus de l’évier. Les fruits sucrés ajoutés avant embouteillage accélèrent nettement la montée en pression. Le même principe s’applique au kombucha maison, qui pose exactement la même question de gaz sous pression.
Ce que ces aliments apportent vraiment
Voici les valeurs de la base USDA FoodData Central, pour 100 g :
| Aliment | Énergie | Sodium | Sel équivalent | Fibres | Vitamine C | Vitamine K |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Chou blanc cru | 25 kcal | 18 mg | 0,05 g | 2,5 g | 36,6 mg | 76 µg |
| Choucroute (en conserve) | 19 kcal | 661 mg | 1,65 g | 2,9 g | 14,7 mg | 13 µg |
| Kimchi | 15 kcal | 498 mg | 1,25 g | 1,6 g | 0 mg | 43,6 µg |
Trois lectures s’imposent.
Le sodium. L’OMS recommande de rester sous 2000 mg de sodium par jour, soit moins de 5 g de sel, et note que la moyenne mondiale des adultes atteignait 4278 mg par jour en 2021, plus du double. Une portion de 100 g de choucroute consomme donc un tiers de l’enveloppe journalière. Cela ne la disqualifie pas, mais cela en fait un condiment plutôt qu’un légume d’accompagnement à volonté. Si vous cherchez à réduire le sel ailleurs pour compenser, nos pistes sur l’assaisonnement sans sel sont directement applicables.
La vitamine C. Elle chute de 36,6 à 14,7 mg entre le chou cru et la choucroute de la base USDA. Attention toutefois : cette entrée correspond à un produit en conserve, donc pasteurisé, et la chaleur en détruit une partie. Une choucroute crue du réfrigérateur en conserve davantage. La vieille histoire de la choucroute qui protégeait les marins du scorbut reste juste, mais elle vaut pour le produit non chauffé.
La vitamine K. 43,6 µg pour 100 g de kimchi, 76 µg pour du chou cru. Le NHS situe le besoin à environ 1 µg de vitamine K par kilo de poids corporel et par jour, soit 65 µg pour une personne de 65 kg. Une assiette de chou couvre donc la journée. Cela devient un point d’attention précis pour une catégorie de personnes, j’y reviens plus bas.
Et les probiotiques ?
C’est la promesse qu’on lit partout, et c’est celle qui tient le moins bien. Le NHS est sobre sur le sujet des probiotiques : il existe des indices d’un effet dans certains cas précis, comme le syndrome de l’intestin irritable, mais peu de preuves à l’appui de la plupart des allégations. Le NHS ajoute que les produits ne sont pas réglementés comme des médicaments, et qu’on ne peut donc pas garantir qu’ils contiennent les bactéries annoncées, en quantité suffisante, ni qu’elles survivent jusqu’à l’intestin.
Pour un bocal maison, ces incertitudes sont plus grandes encore : vous ne savez pas quelles souches se sont installées ni en quelle quantité. Un aliment fermenté maison n’est pas un probiotique caractérisé, et personne ne devrait le vendre comme tel.
Cela n’enlève rien à ce qui est certain : c’est un légume, il apporte des fibres, il se conserve des mois sans énergie ni emballage, et il a un goût que rien d’autre ne donne. Ces raisons suffisent largement. Si vous cherchez spécifiquement des micro-organismes documentés, la question est traitée dans notre article sur le choix des probiotiques véganes.
Diagnostiquer un bocal qui va mal
Le NCHFP publie un tableau de causes et solutions pour les fermentations problématiques dont voici les entrées les plus utiles.
Légumes mous ou visqueux. Saumure trop faible, température trop élevée, ou légume pas complètement immergé. Le NCHFP ajoute une consigne sans ambiguïté : si l’altération est évidente, ne consommez pas.
Voile blanchâtre en surface. Levures sauvages et bactéries qui consomment l’acide. Retirez-le aussi souvent que nécessaire. Il n’est pas dangereux en soi, mais en le laissant s’épaissir on laisse remonter le pH, ce qui est exactement le contraire de ce qu’on veut.
Moisissure duveteuse, colorée, verte, noire ou rose. Ce n’est plus un voile. Là, on jette. On ne « racle pas la couche du dessus » d’une fermentation moisie : les mycéliums pénètrent la matière et certaines moisissures produisent des toxines qui diffusent bien au-delà de la partie visible.
Produit foncé ou décoloré. Minéraux d’une eau dure, sel iodé, épices moulues plutôt qu’entières, ou ustensiles en laiton, cuivre ou zinc. Cette dernière cause n’est pas cosmétique : le NCHFP indique de ne pas consommer le produit si du laiton, du cuivre ou du zinc a été utilisé.
Goût amer. Excès d’épices, ou substitut de sel au chlorure de potassium.
Odeur. Une bonne fermentation sent l’acide, le vinaigre, le yaourt, le chou, franchement et sans ambiguïté. Une odeur de putréfaction, de pourriture ou de fromage tourné signe autre chose. Le doute se tranche toujours dans le même sens : on jette. Un chou coûte trois francs.
Dix erreurs qui reviennent tout le temps
- Doser le sel à la cuillère à soupe plutôt qu’à la balance.
- Fermenter dans une pièce à 17 °C en s’attendant à un résultat en une semaine.
- Stériliser les bocaux, ce qui ne sert à rien ici et fait perdre du temps.
- Utiliser du sel iodé, du sel en flocons ou un substitut au potassium.
- Remplir le bocal jusqu’au bord et retrouver la saumure sur l’étagère.
- Laisser dépasser du légume au-dessus de la saumure.
- Mettre au froid dès la première semaine, en pensant que le goût continuera à venir aussi vite.
- Racler une moisissure duveteuse et manger le reste.
- Embouteiller un kéfir dans une bouteille non prévue pour la pression.
- Traiter un bocal maison comme un complément probiotique, avec des attentes qui ne suivront pas.
Selon votre situation
Sous warfarine ou autre antivitamine K. Le NHS précise que les aliments riches en vitamine K, dont les légumes verts, influencent l’action de la warfarine. Il ne demande pas de les supprimer mais de parler à sa clinique d’anticoagulation avant tout changement notable d’alimentation. Se mettre à manger 150 g de kimchi par jour est un changement notable. Le NHS déconseille par ailleurs les compléments de vitamine K, ainsi que les produits à base de canneberge et le jus de pamplemousse.
Hypertension ou régime pauvre en sel. Comptez la choucroute et le kimchi comme des aliments salés, pas comme des légumes neutres. Un tiers de la limite de l’OMS pour 100 g, c’est une portion, pas un accompagnement libre.
Immunité affaiblie. Le NHS recommande d’en parler à un médecin avant de prendre des probiotiques en cas de système immunitaire affaibli. Le raisonnement s’applique au moins autant à un produit fermenté maison dont on ne connaît pas la flore.
Grossesse. Une choucroute maison bien acide et conservée au froid ne pose pas de problème particulier, mais les mêmes réserves valent : produit correctement acidifié, réfrigéré, et pas de kéfir avec seconde fermentation prolongée en raison de l’éthanol.
Nourrissons de moins d’un an. Pas de miel dans un kéfir aromatisé destiné à un bébé. L’OMS relie explicitement le miel contaminé par des spores à des cas de botulisme infantile et recommande de ne pas en donner avant un an.
Repas équilibré. L’OSAV recommande cinq portions de fruits et légumes par jour, dont trois de légumes, à 120 g la portion. Les légumes fermentés y comptent, mais leur charge en sel les place plutôt du côté du condiment que de la portion pleine.
Questions fréquentes
Combien de temps se conserve une choucroute maison ? Plusieurs mois au réfrigérateur, bien couverte, à condition qu’elle ait été complètement fermentée avant la mise au froid. Le NCHFP est clair sur cette condition préalable.
Peut-on fermenter sans sel ? Non, pas une choucroute ni des légumes en saumure. Le NCHFP demande explicitement de ne pas réduire le sel dans ces préparations, car il y remplit une fonction de sécurité et de texture, contrairement aux pickles au vinaigre où il n’est qu’un exhausteur.
Faut-il un bocal spécial avec joint hydraulique ? Non. Le protocole officiel décrit une assiette, des poids et un linge propre. Le joint hydraulique simplifie la surveillance et réduit le voile de surface, il n’est pas une condition de réussite.
Ma choucroute mousse et déborde, c’est grave ? C’est normal les premiers jours, c’est le CO₂. Posez le contenant dans un plat creux et prévoyez la prochaine fois 10 à 12 cm de vide au-dessus du légume.
Peut-on ajouter des pommes ou du sucre ? Le NCHFP recommande de ne pas modifier les proportions d’une recette testée. Ajouter des fruits apporte des sucres fermentescibles supplémentaires, ce qui modifie la durée et le résultat. Restez sur de petites quantités et raccourcissez la conservation.
Puis-je réutiliser la saumure d’un bocal réussi pour lancer le suivant ? Cela accélère effectivement le démarrage. Mais cela ne dispense pas de saler correctement le nouveau lot : la saumure ajoutée est acide, pas le légume que vous venez de râper.
Le kéfir d’eau convient-il aux enfants ? Avec réserve, parce qu’il contient de l’éthanol en quantité indéterminée. Fermentation courte, pas de seconde fermentation en bouteille fermée, petites quantités.
Pourquoi mon kéfir ne pétille plus ? Souvent un manque de minéraux ou une eau chlorée. L’eau du robinet suisse est de bonne qualité mais chlorée dans certaines communes ; laissez-la reposer quelques heures à l’air libre. Une figue sèche par litre apporte les minéraux qui manquent.
Pour aller plus loin
La fermentation est aussi un outil anti-gaspillage remarquable : un chou entier tient des mois dans un bocal, sans électricité. C’est l’angle que nous développons dans nos articles sur les gestes anti-gaspillage et sur le stockage des fruits, légumes et légumineuses. Pour un premier essai sans attendre un mois, les pickles express en 24 heures donnent un retour immédiat. Et si vous voulez creuser la question de la sécurité au-delà de ce que cet article couvre, notre guide sur la lacto-fermentation maison y est entièrement consacré.
Dernière remarque, parce qu’elle m’a coûté quelques bocaux. La difficulté de la fermentation n’est pas technique, elle est psychologique : il faut accepter de laisser un bocal tranquille pendant trois semaines sans l’ouvrir toutes les douze heures pour voir. Le chou, lui, s’en sort très bien sans surveillance.
Sources
- National Center for Home Food Preservation, University of Georgia : recette de choucroute, informations générales sur la fermentation, contenants, couvercles et poids, causes et solutions des problèmes
- Organisation mondiale de la santé : botulisme, réduction du sodium
- NHS : probiotiques, vitamine K, warfarine
- Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires : recommandations alimentaires pour les adultes
- USDA FoodData Central pour les valeurs nutritionnelles