
Smoothies sans fruits exotiques : 5 combos locavores et ce qu'ils changent
Remplacer la mangue par de la pomme et la banane par de la poire donne d’excellents smoothies. Cela ne réduit pratiquement pas l’empreinte carbone de votre petit-déjeuner, parce que le transport pèse moins de 10 pour cent de l’empreinte de la plupart des aliments. Et quel que soit le volume de votre verre, le NHS ne compte un smoothie que pour une seule portion de fruits et légumes par jour, plafonnée à 150 ml. Ce sont les deux chiffres à garder en tête avant de sortir le blender.
Voilà pour la mauvaise nouvelle. La bonne, c’est qu’un smoothie de saison bien construit reste une très bonne façon de boire des légumes qu’on ne mangerait pas autrement, et que les fruits suisses de fin d’été sont objectivement meilleurs que les fruits importés cueillis verts. Cet article donne cinq combinaisons pesées au gramme, le calendrier réel de disponibilité en Suisse, et les trois précautions que la plupart des recettes de smoothies locavores oublient : la rhubarbe crue, les épinards en excès et le concombre amer.
Ce que le local change vraiment, et ce qu’il ne change pas
L’argument le plus répandu en faveur des smoothies locavores est climatique : moins de kilomètres, moins de CO2. Il est en grande partie faux, et il vaut mieux le savoir.
La méta-analyse de Poore et Nemecek publiée dans Science en 2018, qui porte sur plus de 38 000 exploitations dans 119 pays, montre que pour la plupart des aliments le transport représente moins de 10 pour cent de l’empreinte totale. Pour le bœuf issu de troupeaux allaitants, il tombe à 0,5 pour cent. L’essentiel des émissions se joue au champ et dans le changement d’affectation des sols, pas sur la route. Une étude citée par Our World in Data va plus loin : importer une laitue espagnole au Royaume-Uni en hiver émet trois à huit fois moins que la produire localement sous serre chauffée, et les tomates cultivées sous serre en Suède consomment dix fois plus d’énergie que celles importées d’Europe du Sud en pleine saison.
Autrement dit, ce n’est pas la distance qui compte, c’est la saison et le mode de production. Une pomme suisse en octobre est un excellent choix. Une fraise suisse sous serre chauffée en février est un moins bon choix qu’une pomme de garde.
Il reste une exception réelle, et elle concerne directement les smoothies. Le fret aérien ne représente que 0,16 pour cent des tonnes-kilomètres alimentaires mondiales, mais il émet environ 50 fois plus qu’un bateau par tonne-kilomètre. Les produits transportés par avion sont les plus périssables : asperges, haricots verts et baies fraîches figurent parmi les habitués. Une barquette de framboises importée hors saison est donc l’un des rares cas où le kilomètre pèse vraiment. Les fruits à coque, les agrumes et les bananes voyagent en bateau et ne posent pas ce problème.
Ce qui laisse de vraies raisons de composer local, mais pas celles qu’on annonce d’habitude : le goût d’un fruit cueilli mûr, le prix en pleine saison, la variété des cultivars qui ne supportent pas le transport, et le soutien direct aux maraîchers de votre région. C’est déjà beaucoup. Si votre objectif principal est climatique, le levier utile se trouve ailleurs, du côté des produits animaux, comme le détaille notre comparatif sur l’impact carbone des boissons végétales.
Combien de portions un smoothie compte-t-il réellement
C’est le point que presque toutes les recettes de smoothies passent sous silence, et il change la façon dont on utilise ces verres.
Le NHS britannique est explicite : 80 g de fruits ou légumes frais font une portion, mais 150 ml de jus, de jus de légumes ou de smoothie ne comptent que pour une seule portion par jour, quelle que soit la quantité bue, et la consommation totale de ces boissons devrait rester à 150 ml par jour. Mettre 400 g de fruits dans le bol ne donne donc pas cinq portions : cela donne une portion et beaucoup de sucres.
Les recommandations suisses de l’OSAV, révisées en février 2026, raisonnent en cinq portions quotidiennes, trois de légumes et deux de fruits, et ne traitent pas le smoothie comme un équivalent des produits frais. L’OMS recommande au moins 400 g de fruits et légumes par jour au-delà de 10 ans, et précise que les jus, même sans sucre ajouté, apportent des quantités notables de sucres libres.
La raison est mécanique. Broyer un fruit rompt les parois cellulaires et libère les sucres qui étaient jusque-là piégés dans la matrice. Le NHS classe pour cette raison les smoothies non sucrés parmi les sucres libres, au même titre que le miel et le sirop d’érable, avec un plafond de 30 g par jour pour un adulte, 24 g pour un enfant de 7 à 10 ans et 19 g de 4 à 6 ans. Une grande banane et deux pommes dans un verre suffisent à consommer une bonne part de ce budget.
Une nuance honnête s’impose ici, parce que la littérature n’est pas unanime sur les conséquences métaboliques. Un essai croisé publié dans Nutrients en 2022 sur 20 jeunes adultes en bonne santé a comparé une pomme gala et des mûres consommées entières puis mixées : le pic glycémique et l’aire sous la courbe étaient significativement plus bas avec la version mixée (p < 0,05), la glycémie à 60 minutes étant à la limite de la significativité (p = 0,057). Les auteurs supposent que le broyage des pépins de mûre libère des fibres et des composés qui ralentissent l’absorption. Ce résultat porte sur une portion de laboratoire et sur des personnes jeunes et en bonne santé ; il ne dit pas qu’un demi-litre de smoothie sucré est neutre. Retenez surtout que le problème du smoothie n’est pas tant sa vitesse d’absorption que sa densité en sucres et le fait qu’il rassasie peu.
En pratique, trois règles simples suffisent. Boire le smoothie pendant un repas plutôt qu’entre deux, comme le recommande le NHS pour limiter l’exposition acide et sucrée des dents. Viser au maximum un verre de 150 à 200 ml par jour. Et charger le bol en légumes plutôt qu’en fruits, ce qui est précisément ce que permet un approvisionnement local. Si vous cherchez à construire un verre plus complet, notre guide sur les smoothies équilibrés associant fruits, légumes et protéines va plus loin sur cette question.
Trois précautions que les recettes de smoothies oublient
Ces trois points ne sont pas théoriques. Ils concernent directement les ingrédients que l’on met dans un smoothie local.
La rhubarbe crue et les épinards en routine quotidienne
L’acide oxalique se lie au calcium et forme des cristaux d’oxalate de calcium, qui constituent environ 65 pour cent des calculs rénaux. Environ 15 pour cent de l’oxalate alimentaire est absorbé, et un apport chronique de 50 à 200 mg par jour est considéré comme sûr chez une personne en bonne santé.
Les chiffres publiés dans un article de BMC Nephrology en 2026 sont éclairants. Pour 100 g de produit frais, les épinards crus contiennent de 90 à 2000 mg d’acide oxalique soluble selon la variété et la saison, contre 91 à 184 mg une fois bouillis. Les tiges de rhubarbe crues en contiennent 287 mg, contre 81 mg bouillies. Les feuilles de bette crues montent à 252 mg. L’oseille crue atteint 1079 mg. La cuisson à l’eau divise donc la teneur par deux à dix selon les légumes, parce qu’une partie de l’oxalate passe dans l’eau de cuisson que l’on jette. Un smoothie ne cuit rien.
Ce même article rapporte le cas d’une femme de 59 ans, dont la fonction rénale était stable et suivie, qui a développé une insuffisance rénale aiguë après un repas de bettes fraîchement récoltées, dans le cadre d’un passage à une alimentation végétarienne. Sa créatinine est passée de 80 à 412 µmol/l et son débit de filtration glomérulaire estimé de 70 à 10 ml/min/1,73 m². La biopsie a montré une atteinte tubulaire aiguë avec dépôts de cristaux d’oxalate de calcium. Sous régime pauvre en oxalate, la fonction rénale s’est améliorée en quatre semaines et est revenue à sa valeur de base après un an. Ce cas est un événement rare et il ne transforme pas les bettes en poison. Il rappelle simplement que le facteur déterminant est la dose répétée sous forme crue et concentrée.
Ce que cela implique concrètement : la recette classique fraise-rhubarbe crue apporte à elle seule près de 290 mg d’oxalate si l’on compte 100 g de rhubarbe, soit au-dessus de la fourchette considérée comme sûre pour une journée entière. Faites compoter la rhubarbe cinq minutes et jetez l’eau, et vous divisez la teneur par plus de trois. Alternez les feuilles vertes plutôt que de mettre des épinards tous les matins : la mâche, le cresson et le persil sont des options nettement plus modestes en oxalate. Buvez de l’eau dans la journée, et associez une source de calcium au verre, puisque le calcium consommé au même repas fixe une partie de l’oxalate dans l’intestin. Si vous avez des antécédents de calculs rénaux ou une maladie rénale connue, cette question relève de votre médecin et pas d’un article de blog.
Le concombre et la courgette amers
Les cucurbitacées produisent des cucurbitacines, parmi les molécules les plus amères connues. Dans les cultivars alimentaires, leur concentration est normalement trop faible pour être perçue. Sous stress, chaleur, sécheresse, sol pauvre ou pH bas, elle peut remonter, en particulier dans les plants issus de graines récupérées au jardin.
La revue publiée dans Toxins en 2010 recense 22 cas d’intoxication humaine après ingestion d’à peine 3 g de courgette amère, rapportés en Australie entre 1981 et 1982, puis en Alabama et en Californie en 1984. Les symptômes sont digestifs : crampes, vomissements, diarrhée. À une autre échelle, une enquête de l’ICMR publiée dans l’Indian Journal of Medical Research en 2012 a documenté trois décès et 26 hospitalisations en Inde après consommation de jus de gourde bouteille très amer, avec hématémèse chez 73,1 pour cent et diarrhée chez 69,2 pour cent des patients hospitalisés.
La règle qui en découle tient en une phrase : goûtez un morceau cru de concombre ou de courgette avant de le mixer, et si c’est amer, jetez le légume entier. L’amertume n’est pas un défaut de goût, c’est le signal. Elle ne disparaît ni à la cuisson ni au mixage, et le sucre d’un fruit peut la masquer suffisamment pour qu’on avale le verre sans réagir.
Les nourrissons, les jeunes enfants et les nitrates
Un smoothie n’est pas une préparation adaptée aux tout-petits, pour trois raisons distinctes.
Le miel d’abord. Le NHS est catégorique : pas de miel avant un an, parce qu’il peut contenir des spores capables de produire des toxines dans l’intestin du nourrisson et de provoquer un botulisme infantile. Beaucoup de recettes de smoothies proposent le miel comme édulcorant naturel.
Les nitrates ensuite. L’EFSA a publié en 2010 une déclaration sur les nitrates des légumes-feuilles chez les nourrissons et les jeunes enfants. Le point important pour un smoothie n’est pas la teneur initiale mais la conservation : un entreposage inadapté de légumes convertit le nitrate en nitrite, ce qui augmente le potentiel de méthémoglobinémie. Une revue publiée dans Toxicology Letters ajoute que le fait de réduire un légume en purée libère la nitrate réductase endogène et fait monter les nitrites, alors que la congélation inactive cette enzyme. Un smoothie aux épinards ou à la betterave laissé une nuit au frigo réunit donc exactement les conditions décrites. L’EFSA recommande par ailleurs de ne pas donner d’épinards aux enfants présentant une infection bactérienne du tube digestif.
Le sucre enfin, avec un budget de sucres libres de 19 g par jour entre 4 et 6 ans. Pour donner envie de légumes aux enfants, les approches détaillées dans notre article sur comment faire aimer les légumes aux enfants sont plus efficaces qu’un verre sucré.
Un cas particulier : les anticoagulants
Les légumes-feuilles sont riches en vitamine K. La fiche du NHS sur la warfarine, revue le 24 février 2026, indique que le brocoli, les épinards et les autres légumes-feuilles influencent l’action du médicament. Le message n’est pas d’arrêter d’en manger, mais de garder des apports réguliers et d’en parler à la consultation qui suit l’INR. La même page déconseille le jus de canneberge et le jus de pamplemousse. Passer d’un smoothie vert quotidien à zéro pendant les vacances est exactement le genre de variation qui déstabilise un traitement.
Le calendrier suisse réel
Une recette locavore n’a de sens que si les ingrédients existent au moment où vous la lisez. Le calendrier de saison publié par les producteurs suisses de légumes donne des fenêtres précises, et certaines sont beaucoup plus étroites qu’on ne l’imagine.
La rhubarbe n’est disponible qu’en avril, mai et juin. Trois mois, pas davantage. Les épinards suisses couvrent mars à novembre, la bette de mars à novembre, le concombre d’avril à septembre, la courgette de mai à octobre, la menthe et le cresson de fontaine de mai à octobre, le persil de mai à novembre, le fenouil de mai à novembre. Le chou frisé, lui, fonctionne à l’inverse : janvier à mars, puis octobre à décembre.
Trois légumes tiennent toute l’année en Suisse et forment l’ossature d’un smoothie hors saison : la carotte, la betterave rouge et la mâche, auxquelles s’ajoute le céleri-rave. Du côté des fruits, l’Union suisse des fruits place les fraises et les cerises en début d’été, les framboises, les mûres et les groseilles au cœur de l’été, les pruneaux à la fin de l’été, et la pomme et la poire de garde sur presque toute l’année grâce à la diversité variétale.
Cela donne une logique simple. D’avril à juin, la rhubarbe et les premières fraises. De juillet à septembre, les baies fraîches et les fruits à noyau. D’octobre à mars, la pomme, la poire, les racines et les baies congelées de l’été précédent. Congeler ses framboises en juillet coûte moins cher et pose moins de problème climatique que d’acheter une barquette aéroportée en janvier. Notre article sur manger local en hiver détaille cette bascule, et celui consacré à l’adaptation des repas végétariens aux saisons donne la méthode générale.
Cinq combinaisons pesées
Chaque recette donne un verre d’environ 250 ml, soit une portion selon le comptage du NHS. Les grammages sont donnés après épluchage et parage.
Pomme, mâche et persil
- 120 g de pomme (Gala ou Boskoop selon la saison), avec la peau si elle est bien lavée
- 30 g de mâche
- 5 g de persil plat, tiges comprises
- 120 ml d’eau froide
- 1 cuillère à café de jus de citron
Disponible toute l’année. La mâche remplace ici l’épinard avec une teneur en oxalate nettement plus basse et un goût de noisette qui se marie bien à la pomme. Le persil apporte une amertume qui structure le verre. Mixez d’abord les feuilles avec l’eau pour éviter les filaments, ajoutez la pomme ensuite. Le citron limite le brunissement enzymatique, qui est cosmétique et non sanitaire.
Framboise, betterave et menthe
- 100 g de framboises fraîches en juillet et août, congelées le reste de l’année
- 60 g de betterave crue râpée
- 3 g de menthe fraîche
- 130 ml d’eau
La betterave crue est fibreuse : râpez-la avant de la mixer si votre appareil est de puissance modeste, sinon elle laisse des grumeaux. Sa saveur terreuse vient de la géosmine, que l’acidité de la framboise masque efficacement. La couleur tache durablement les planches en bois et les joints de blender. Ce combo se prête bien à une version fermentée, comme l’explique notre article sur la betterave lacto-fermentée.
Pomme, céleri et concombre
- 100 g de pomme
- 60 g de concombre, goûté cru avant utilisation
- 40 g de céleri branche
- 150 ml d’eau glacée
- 3 g de basilic (juin à août)
Le verre le plus salé des cinq, et le plus rafraîchissant en été. Le céleri branche est disponible de mai à décembre en Suisse. Goûtez le concombre avant, pour la raison expliquée plus haut. Les fils du céleri se coincent dans les lames : coupez la branche en tronçons de 1 cm.
Fraise, rhubarbe compotée et avoine
- 120 g de fraises
- 60 g de rhubarbe compotée cinq minutes à l’eau bouillante, égouttée, eau jetée
- 20 g de flocons d’avoine
- 100 g de yogourt nature ou de yogourt végétal non sucré
- 80 ml d’eau
Fenêtre d’avril à juin, quand fraise et rhubarbe se croisent. La cuisson préalable de la rhubarbe n’est pas un détail de confort : elle fait passer la teneur en oxalate d’environ 287 à 81 mg pour 100 g, et l’eau jetée emporte l’essentiel de la différence. Les flocons d’avoine épaississent et apportent des bêta-glucanes. Laissez reposer deux minutes après le mixage, le temps que l’avoine s’hydrate, sinon la texture continue d’épaissir dans le verre.
Poire, noix et boisson d’avoine
- 140 g de poire mûre (Conférence ou Williams)
- 15 g de cerneaux de noix
- 130 ml de boisson d’avoine non sucrée
- 1 pincée de cannelle
Le verre d’automne et d’hiver. Les 15 g de noix correspondent à la limite basse de la portion quotidienne de fruits à coque recommandée par l’OSAV, qui situe la portion entre 15 et 30 g. Les noix apportent des acides gras et de la matière grasse qui ralentissent la vidange gastrique, ce qui rend ce smoothie nettement plus rassasiant que les quatre autres. La poire doit être vraiment mûre, faute de quoi le verre reste granuleux.
Le rapport qui permet de composer ses propres verres
Les cinq recettes ci-dessus suivent toutes la même structure, et une fois qu’on l’a comprise on n’a plus besoin de recette du tout. Pour un verre de 250 ml, comptez environ 100 à 140 g de fruit, 30 à 60 g de légume ou de feuilles, 120 à 150 ml de liquide, et une note aromatique de 3 à 5 g d’herbe fraîche.
Le fruit apporte le sucre, l’acidité et la structure. Une pomme ou une poire donne du corps sans dominer ; les baies donnent la couleur et l’acidité mais peu de texture. Le légume est là pour diluer la charge sucrée et apporter des fibres : c’est le poste qu’il faut augmenter, pas celui des fruits. Le liquide détermine la viscosité, et c’est le paramètre le plus facile à corriger en cours de route. Ajoutez-le progressivement plutôt que d’un coup, parce qu’un smoothie trop liquide ne se rattrape pas sans ajouter d’ingrédients solides.
Trois leviers ajustent le résultat. Pour épaissir, ajoutez 20 g de flocons d’avoine, 100 g de yogourt ou du fruit congelé plutôt que de réduire le liquide. Pour adoucir sans sucre ajouté, augmentez la part de fruit mûr ou ajoutez 30 g de carotte, dont le sucre naturel arrondit l’ensemble. Pour rendre le verre plus rassasiant, ajoutez une source de matière grasse ou de protéines, 15 g de noix ou 60 g de tofu soyeux, ce qui ralentit la vidange gastrique.
L’ordre de chargement compte davantage qu’on ne le croit. Les liquides et les feuilles d’abord, près des lames, les éléments durs et congelés ensuite. L’inverse fait tourner les lames à vide sous un bloc gelé et chauffe le moteur. Si votre appareil peine, coupez plus petit et râpez les légumes racines : la puissance manquante se compense au couteau.
Préparation, conservation et hygiène
Un smoothie est un aliment cru et mixé, donc un milieu favorable aux bactéries et un produit qui s’oxyde vite. Trois repères issus des recommandations de la Food Standards Agency britannique encadrent l’essentiel : le réfrigérateur se règle entre 0 et 5 °C, le congélateur autour de -18 °C, et un aliment réfrigéré ne devrait pas passer plus de quatre heures hors du froid au total sur une journée.
Le mieux reste de boire le verre dans l’heure. Si vous devez le transporter, une bouteille isotherme préalablement refroidie et remplie à ras bord limite l’oxydation et la montée en température. Le compte des quatre heures inclut le temps de préparation, le trajet et le temps passé sur le bureau.
Pour les préparations à l’avance, la meilleure approche consiste à congeler les ingrédients découpés en portions individuelles plutôt que le smoothie fini. Le matin, vous mixez directement les fruits congelés avec le liquide : la texture est meilleure, la température plus basse, et vous évitez la question de la conservation d’un produit mixé. Notre guide sur le stockage des fruits et légumes détaille cette organisation.
Lavez soigneusement les feuilles avant de les mixer, y compris celles vendues en sachet. Nettoyez le blender immédiatement après usage : les résidus de pulpe séchés sous le joint de la lame sont l’endroit le plus difficile à récupérer d’un appareil de cuisine. Enfin, les fanes de carotte ou de betterave se prêtent bien à un pesto plutôt qu’à un smoothie, comme l’explique notre article sur les fanes qui se mangent et celles qui se jettent.
Ce qu’un smoothie ne fait pas
Un smoothie ne couvre pas la vitamine B12, absente des végétaux non enrichis. Il ne couvre pas l’iode. Il n’apporte pratiquement pas de protéines si vous n’ajoutez pas de yogourt, de graines ou de tofu soyeux. Et il ne remplace pas les légumes entiers, dont la mastication et la satiété manquent au verre.
Il n’a pas non plus d’effet détoxifiant, terme sans définition physiologique. Les reins et le foie assurent l’élimination des déchets métaboliques en continu, et aucun aliment n’accélère ce travail. Les affirmations de ce type circulent beaucoup autour des smoothies verts ; nous les avons examinées en détail dans notre article sur les smoothies verts et l’immunité. Pour la question spécifique des besoins en B12, notre dossier vitamine B12 donne les repères utiles.
Six erreurs fréquentes
Compter le smoothie pour trois portions. Il en vaut une, plafonnée à 150 ml selon le NHS, quel que soit le volume.
Ajouter du miel ou du sirop d’agave. Ces sucres s’ajoutent à des sucres libres déjà présents. Si le verre est trop acide, augmentez la part de fruit mûr ou ajoutez du yogourt plutôt qu’un édulcorant. Notre article sur les alternatives naturelles au sucre compare ces options.
Mettre des épinards tous les jours. Alternez avec la mâche, le cresson, le persil ou le chou frisé, dont la teneur en oxalate est bien plus basse.
Utiliser la rhubarbe crue. Compotez-la et jetez l’eau de cuisson. Les feuilles de rhubarbe ne se consomment pas.
Boire le smoothie entre deux repas. Le NHS recommande de le consommer pendant un repas, ce qui limite l’exposition des dents aux sucres et aux acides.
Laisser le verre une nuit au réfrigérateur. Le mixage libère des enzymes, l’oxydation dégrade la vitamine C et la texture se sépare. Congelez les ingrédients, pas le produit fini.
Questions fréquentes
Un smoothie maison est-il meilleur qu’un smoothie du commerce ? Sur la composition, généralement oui, parce que vous contrôlez la part de légumes et l’absence de sucre ajouté. Sur le comptage officiel des portions et sur le statut de sucres libres, non : les deux relèvent exactement de la même règle.
Faut-il éplucher les pommes et les poires ? Non, si elles sont bien lavées. La peau contient des fibres et des composés phénoliques. Épluchez en revanche la betterave et le céleri-rave, dont la peau donne une texture terreuse et sableuse.
Les fruits congelés valent-ils les fruits frais ? Oui, et parfois mieux. Les fruits destinés à la congélation sont cueillis mûrs et surgelés rapidement, alors qu’un fruit frais hors saison a souvent été récolté vert et transporté longtemps. Pour un smoothie, la congélation apporte en plus la texture froide sans diluer avec des glaçons.
Peut-on mettre des légumineuses dans un smoothie ? Les lentilles et les pois chiches cuits passent mal en cru et posent des questions de digestibilité. Le tofu soyeux est une bien meilleure option pour ajouter des protéines sans changer le goût.
Le smoothie aide-t-il à perdre du poids ? Rien ne le montre de façon fiable, et les calories liquides rassasient moins que les mêmes calories mâchées. Un smoothie qui remplace un petit-déjeuner riche fonctionne ; un smoothie qui s’ajoute à la journée s’additionne, tout simplement.
Combien de temps un smoothie garde-t-il sa vitamine C ? Elle commence à se dégrader dès la mise en contact avec l’oxygène et la lumière. C’est un argument de plus pour boire le verre rapidement, mais ce n’est pas le principal enjeu du smoothie, qui reste sa densité en sucres.
Sources
- NHS, 5 A Day: what counts?
- NHS, Sugar: the facts
- NHS, Foods to avoid giving babies and young children
- NHS, Warfarin
- OMS, Healthy diet
- OSAV, Recommandations nutritionnelles suisses pour les adultes
- Our World in Data, d’après Poore et Nemecek 2018, Focus on what you eat, not whether your food is local
- Food Standards Agency, How to chill, freeze and defrost food safely
- BMC Nephrology 2026, Acute renal failure after dietary change: a case report
- Clinical Kidney Journal 2022, Oxalate nephropathy: a review
- Toxins 2010, Naturally occurring food toxins
- Indian Journal of Medical Research 2012, Effects on health due to consumption of bitter bottle gourd juice
- Nutrients 2022, Postprandial glycemic response to whole fruit versus blended fruit
- Toxicology Letters, Vegetable-borne nitrate and nitrite and the risk of methaemoglobinaemia
- Union maraîchère suisse, Calendrier de saison
- Union suisse des fruits, Saisonalité