7 épices du quotidien : ce que les preuves montrent vraiment


Une cuillère à café d’épice moulue pèse environ 2 grammes. C’est le chiffre qui décide de presque tout ce qui suit. Les essais cliniques qui font les gros titres sur le curcuma ou la cannelle utilisent des gélules dosées à 1, 3 ou 6 grammes de principe actif par jour, souvent pendant douze semaines. Votre curry en contient une fraction. Les deux situations n’ont presque rien en commun, et confondre les deux est l’erreur la plus répandue sur ce sujet.

Cela ne rend pas les épices inutiles. Elles font trois choses très bien : elles rendent une cuisine sans viande vraiment appétissante, elles permettent de saler beaucoup moins, et quelques-unes apportent des micronutriments non négligeables à la cuillère. Ce qu’elles ne font pas, c’est soigner. Voici ce que l’on peut dire de chacune des sept épices les plus courantes dans une cuisine végétarienne, avec les doses réelles et les mises en garde qui comptent.

Dose culinaire ou dose de complément : la distinction qui change tout

Le Centre national américain pour la santé complémentaire et intégrative (NCCIH), qui dépend des NIH, publie des fiches d’évaluation pour la plupart des plantes médicinales. Sa conclusion sur le curcuma est nette : les données ne permettent pas de conclure de façon définitive à un bénéfice pour un quelconque usage de santé. Sur la cannelle, la formulation est encore plus directe : la recherche ne soutient pas clairement son usage pour une quelconque affection. Ces phrases portent sur des compléments concentrés, pris à des doses bien supérieures à ce que l’on met dans une casserole.

Trois raisons expliquent ce décalage.

La première est la quantité. Un essai typique sur la cannelle administre 1 à 6 g d’extrait par jour. Le pic d’effet observé dans la méta-analyse dose-réponse de 2025 se situe à 6000 mg par jour, soit plus de deux cuillères à café de poudre pure quotidiennes, tous les jours, pendant des mois.

La deuxième est la biodisponibilité. La curcumine, le pigment jaune du curcuma, est lipophile, très mal absorbée et éliminée rapidement. Dans un essai chez des personnes en bonne santé, 12 g de curcumine par jour n’ont produit qu’une hausse très faible de la concentration sérique. Ce que vous avalez et ce qui atteint vos tissus sont deux choses différentes.

La troisième est la qualité des essais. La méta-analyse la plus complète sur la cannelle et les facteurs de risque cardiovasculaire, publiée en 2025 dans le Journal of Health, Population and Nutrition, a réuni 49 essais randomisés et rapporte des baisses de glycémie à jeun, d’HbA1c et de cholestérol. Ses auteurs indiquent aussi que 43 de ces 49 essais ont été jugés de faible qualité méthodologique, principalement à cause de l’absence de dissimulation de l’allocation et de l’aveugle des évaluateurs. Un résultat statistiquement significatif issu d’un ensemble d’essais mal conduits reste fragile.

La bonne façon de lire ce qui suit : les épices sont un outil de cuisine avec quelques effets secondaires bienvenus, pas une pharmacie de rechange. Si vous cherchez surtout à réduire votre sel, notre guide pour assaisonner sans sel avec des herbes, des épices et des agrumes traite ce levier en détail, et notre panorama des épices et herbes essentielles d’une cuisine végé savoureuse sert de base au placard.

1. Le curcuma

Le curcuma est le rhizome séché et moulu de Curcuma longa, une plante de la famille du gingembre. Sa couleur vient des curcuminoïdes, dont la curcumine, qui représente en général 2 à 5 % de la poudre. Une cuillère à café de curcuma moulu contient donc environ 40 à 100 mg de curcumine, à comparer aux 500 à 2000 mg utilisés dans les essais.

En cuisine, c’est une épice de fond plus qu’une épice de tête. Son goût est terreux, légèrement amer, et il ne s’exprime qu’après contact avec un corps gras chaud. Faites-le revenir dix à vingt secondes dans l’huile avec l’oignon avant d’ajouter le liquide, sinon vous obtenez de la couleur sans arôme. Il tient très bien dans les plats mijotés au lait de coco, les soupes de lentilles corail et les légumes rôtis.

Sur le plan des apports, 2 g de curcuma moulu fournissent environ 1,1 mg de fer et 42 mg de potassium selon la base FoodData Central de l’USDA. Ce fer est non héminique et se trouve dans une matrice riche en fibres, donc mal absorbé ; comptez-le comme un appoint et pas comme une source. Notre article sur l’optimisation de l’absorption du fer végétal explique quels leviers comptent vraiment.

Deux points de sécurité méritent d’être connus. Le NCCIH signale que les formulations de curcumine à biodisponibilité augmentée, vendues comme compléments, ont été associées à des cas d’atteinte hépatique ; l’épice culinaire n’est pas concernée, mais la distinction est rarement faite dans les rayons. Notre article sur le pouvoir des épices dites anti-inflammatoires revient sur ce que ce terme recouvre exactement. Ensuite, le curcuma en poudre est l’une des épices les plus touchées par la falsification au plomb, et j’y reviens plus bas parce que c’est le vrai risque du sujet.

2. La cannelle

Deux écorces très différentes se vendent sous le même nom. La cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum), fine, feuilletée, claire, s’effrite entre les doigts. La cannelle de Cassia (Cinnamomum aromaticum), plus épaisse, plus foncée, plus dure, domine largement le commerce en Europe et en Amérique du Nord et coûte nettement moins cher.

La différence n’est pas seulement gustative. La Cassia contient environ 1 mg de coumarine par gramme, contre moins de 0,01 mg par gramme pour la cannelle de Ceylan. La coumarine est hépatotoxique chez les personnes sensibles, et la dose journalière tolérable retenue en Europe est de 0,1 mg par kilo de poids corporel, soit 6 mg pour un adulte de 60 kg. Une cuillère à café rase de cannelle de Cassia pèse environ 2,6 g et apporte donc à peu près 2,6 mg de coumarine. Une cuillère de temps en temps ne pose aucun problème. Deux à trois cuillères quotidiennes toute l’année, dans le porridge et les boissons chaudes, vous rapprochent de la limite, et le NCCIH précise que l’usage prolongé de Cassia peut être un souci pour les personnes fragiles du foie.

En pratique : gardez la Cassia pour la cuisine salée et les usages ponctuels, achetez de la Ceylan si vous en mettez tous les matins. L’étiquette mentionne souvent l’origine (Sri Lanka pour la Ceylan, Chine, Vietnam ou Indonésie pour la Cassia) même quand elle ne nomme pas l’espèce.

Côté cuisine, la cannelle est sous-employée dans le salé. Un demi-bâton dans un tajine de carottes et pois chiches, ou un quart de cuillère à café dans un chili aux haricots rouges, ajoute une profondeur que la plupart des gens n’identifient pas comme de la cannelle. Elle atténue aussi la perception d’acidité dans les sauces tomate longuement mijotées. Les épices du Moyen-Orient l’emploient largement dans cette logique salée.

3. Le paprika

Le paprika est du piment doux (Capsicum annuum) séché et moulu. C’est la seule des sept épices dont l’intérêt nutritionnel est réellement visible à la cuillère : 100 g de paprika contiennent 2460 µg d’équivalents rétinol de vitamine A, ce qui met une cuillère à café d’environ 2 g à quelque 49 µg, soit près de 7 % de l’apport de référence d’un adulte. Ce n’est pas un supplément, mais c’est plus que ce que la plupart des condiments apportent.

Le paprika existe en trois familles utiles. Le doux, pour la couleur et le fond fruité. Le fumé espagnol, ou pimentón, séché au feu de chêne, qui donne à lui seul une impression de grillé à une préparation végétarienne. Le fort, plus rare, qui remplace le piment quand vous voulez de la chaleur avec de la couleur.

Sa faiblesse est la chaleur sèche : les caroténoïdes qui font sa couleur brunissent vite. Ajoutez-le hors du feu ou dans un liquide, jamais dans une poêle brûlante sans matière grasse, sinon vous obtenez de l’amertume. Nos sauces tahini au citron, à la betterave et aux épices fumées utilisent justement le pimentón dans une base froide, ce qui préserve son parfum.

4. Le cumin

Le cumin (Cuminum cyminum) est la graine qui structure une grande partie de la cuisine indienne, maghrébine, mexicaine et levantine. Son profil aromatique repose sur le cuminaldéhyde, un composé volatil qui disparaît vite : c’est l’épice pour laquelle l’écart entre les graines entières torréfiées à la minute et la poudre du fond du placard est le plus spectaculaire.

Méthode : faites chauffer une poêle sèche à feu moyen, jetez les graines, remuez trente à quarante-cinq secondes jusqu’à ce que l’odeur monte et que la couleur fonce d’un ton, puis retirez-les immédiatement du contact chaud. Elles continuent de cuire dans une poêle brûlante et passent de torréfié à brûlé en une quinzaine de secondes.

Sur le fer, un chiffre circule beaucoup : 66,4 mg pour 100 g selon l’USDA, ce qui est effectivement énorme. La réalité de l’assiette est plus modeste, puisque 2 g de graines apportent 1,3 mg de fer non héminique dans une matrice à 10,5 % de fibres. C’est utile en cumul sur une journée, ce n’est pas une stratégie contre l’anémie.

Sur la digestion, l’affirmation courante repose sur des bases minces. L’étude la plus souvent citée est une série de cas iranienne de 2013 portant sur 57 patients atteints du syndrome de l’intestin irritable, sans groupe témoin ni aveugle, avec de l’huile essentielle de cumin. Les patients ont rapporté moins de douleurs et de ballonnements, mais un protocole de ce type ne permet pas de distinguer l’effet du produit de l’évolution spontanée et de l’effet placebo. Nos tisanes et mélanges d’épices pour faciliter la digestion abordent le sujet sans promettre plus que ce que l’on sait.

5. Le gingembre

C’est l’épice de la liste dont le dossier clinique est le plus solide, et aussi celle sur laquelle les raccourcis sont les plus fréquents. Le NCCIH résume ainsi l’état des connaissances : le gingembre paraît utile contre les nausées et vomissements de la grossesse ; la plupart des études sur le mal des transports n’ont pas montré de bénéfice ; son intérêt en complément des traitements contre les nausées de chimiothérapie ou postopératoires reste incertain. Le NHS britannique mentionne également le gingembre parmi les mesures pouvant aider en cas de nausées de début de grossesse, en précisant de demander conseil à un pharmacien avant de prendre un complément.

Retenez la nuance : le mal des transports, cité partout comme une indication évidente, est justement le cas où les essais sont négatifs. Et ces résultats portent sur des compléments dosés, pas sur une rondelle dans une tisane.

En cuisine, le gingembre frais et le gingembre moulu ne sont pas interchangeables. Le frais est vif, citronné, poivré, et se dégrade à la cuisson longue ; ajoutez-le en fin de sauté ou râpé cru sur le plat fini. Le moulu est plus chaud, plus sucré, plus adapté aux pâtes levées, aux compotes et aux mélanges à mijoter. Comptez environ un quart de cuillère à café de moulu pour une cuillère à soupe de frais râpé, en sachant que le résultat sera différent, pas identique.

Effets indésirables possibles selon le NCCIH : gêne abdominale, brûlures d’estomac, diarrhée, irritation de la bouche et de la gorge. Rien de grave, mais assez fréquent pour expliquer pourquoi certaines personnes ne supportent pas les infusions très concentrées.

6. Le poivre noir

Le poivre est la baie séchée de Piper nigrum, et son piquant vient de la pipérine. C’est l’épice de la liste sur laquelle circule l’affirmation la plus tenace : associer poivre et curcuma multiplierait par vingt l’absorption de la curcumine. Ce chiffre vient d’un essai de 1998 mené avec 20 mg de pipérine pure, soit l’équivalent d’environ 400 mg de poivre pur, largement plus qu’une tour de moulin.

Les travaux récents nuancent sérieusement le tableau. Une étude de perméabilité sur cellules Caco-2 publiée en 2024 a comparé une association curcumine-pipérine à du rhizome de curcuma séché et broyé : la perméabilité de la curcumine est restée faible dans les deux cas, et elle était plus basse pour l’association que pour le rhizome entier. Les auteurs en concluent que la biodisponibilité in vivo de la curcumine associée à la pipérine pourrait être faible.

Il y a un point plus important, rarement mentionné. La pipérine active le récepteur PXR humain et induit l’expression du CYP3A4 et de la glycoprotéine P, tout en inhibant par ailleurs l’activité de ces mêmes enzymes ; une étude comparative de 2017 place la pipérine parmi les inhibiteurs puissants du CYP3A4, avec une CI50 de 2,12 µM, aux côtés de la capsaïcine. Le CYP3A4 métabolise une part considérable des médicaments courants. Autrement dit, ce qui est présenté comme un « booster naturel d’absorption » est un mécanisme d’interaction médicamenteuse. Aux quantités d’une salière, cela n’a pas de conséquence pratique. Aux doses des compléments « curcuma + poivre noir », la prudence s’impose si vous prenez un traitement au long cours, et la question se pose à votre médecin ou à votre pharmacien.

Un conseil de cuisine à corriger au passage : on lit souvent qu’il faut poivrer en fin de cuisson pour préserver les propriétés du poivre. La pipérine, qui porte le piquant, est plutôt stable à la chaleur. Ce qui se perd, ce sont les terpènes volatils responsables du parfum fleuri et boisé. Poivrez donc en fin de cuisson pour l’arôme, moulez à la demande, et gardez le poivre entier : moulu, il perd l’essentiel de son intérêt en quelques mois.

7. Le piment de Cayenne

Le piquant vient de la capsaïcine, qui agit sur le récepteur TRPV1, le même que celui de la chaleur. Sensation de brûlure sans lésion : votre bouche signale une température qu’elle ne subit pas.

Deux lignes de preuves circulent à son sujet, et aucune ne dit ce qu’on lui fait dire.

La première concerne le métabolisme. Un essai en chambre respiratoire publié en 2013 a donné 2,56 mg de capsaïcine par repas, soit environ 1,03 g de piment rouge, à des volontaires en déficit énergétique. Résultat : la dépense énergétique de repos et la thermogenèse alimentaire n’ont pas baissé autant qu’elles baissent normalement en restriction, et l’oxydation des lipides était plus élevée. C’est un effet de compensation partielle, mesuré sur trente-six heures, dans des conditions de laboratoire. Ce n’est pas une méthode d’amaigrissement, et les auteurs ne le présentent pas comme telle.

La seconde concerne la mortalité. Une cohorte américaine de 16 179 adultes suivis pendant près de dix-neuf ans a trouvé un risque de décès plus faible chez les consommateurs réguliers de piment rouge, avec un rapport de risque ajusté de 0,87. Une méta-analyse de 2021 réunissant quatre cohortes et 564 748 adultes arrive à 0,88 pour la mortalité toutes causes. Ce sont des associations observationnelles : les personnes qui mangent régulièrement épicé diffèrent des autres par leur cuisine, leur origine, leur mode de vie. Aucune de ces études ne montre que le piment allonge la vie.

En cuisine, dosez le Cayenne au bout du couteau et goûtez avant d’en rajouter, parce que la capsaïcine se dissout dans les graisses et continue de se libérer pendant la cuisson : un plat correctement épicé à la casserole peut devenir brûlant après vingt minutes de mijotage. À forte dose, le piment irrite la muqueuse gastrique et aggrave les reflux.

Ce que vos épices apportent réellement à la cuillère

Valeurs pour 2 g, soit une cuillère à café rase, calculées à partir de la base FoodData Central de l’USDA :

  • Curcuma moulu : 1,10 mg de fer, 42 mg de potassium, 0,45 g de fibres
  • Cumin en graines : 1,33 mg de fer, 19 mg de calcium, 36 mg de potassium
  • Paprika doux : 0,42 mg de fer, 49 µg d’équivalents rétinol, 46 mg de potassium
  • Gingembre moulu : 0,40 mg de fer, 26 mg de potassium
  • Poivre noir moulu : 0,19 mg de fer, 27 mg de potassium, 0,51 g de fibres
  • Poudre de chili : 0,35 mg de fer, 30 µg d’équivalents rétinol, 39 mg de potassium

Deux lectures possibles. La pessimiste : aucune de ces lignes ne remplace une portion de légumes. L’optimiste : une cuisine réellement épicée, qui utilise trois ou quatre de ces poudres par jour, ajoute discrètement 2 à 3 mg de fer et une part appréciable de potassium, sans un gramme de sel supplémentaire. Sur une année, ça compte davantage que la plupart des « superaliments ».

Achat et sécurité : le vrai sujet, c’est la pureté

Le risque documenté des épices n’est pas leur composition, c’est ce qu’on y ajoute.

En mars 2019, un service de santé publique du Nevada a signalé le cas d’un garçon de deux ans avec une plombémie veineuse de 48 µg/dL, alors que la valeur de référence était alors de 5 µg/dL. L’enquête environnementale a retrouvé du curcuma contenant 2000 mg de plomb par kilo dans un foyer, et jusqu’à 15 000 mg par kilo dans un curcuma importé retrouvé chez un cousin. Le père d’un des enfants avait lui-même 49 µg/dL. L’adultération au chromate de plomb, utilisée pour intensifier la couleur jaune et augmenter le poids, est documentée dans plusieurs pays producteurs. Il n’existe pas de plombémie sans risque chez l’enfant.

Ce que cela implique concrètement :

  • Achetez le curcuma auprès de marques et de distributeurs établis, avec emballage d’origine, lot et pays indiqués. Le rapport du Nevada souligne que les épices reconditionnées, sorties de leur emballage d’origine, rendent toute traçabilité impossible.
  • Méfiez-vous d’un jaune anormalement vif et uniforme, ou d’un prix très inférieur au marché pour un poids important.
  • Le rhizome frais et le curcuma en morceaux entiers à moudre soi-même réduisent l’exposition, la falsification visant surtout les poudres.
  • Pour la cannelle, préférez les bâtons de Ceylan si vous en consommez quotidiennement, et vérifiez l’origine.

Aucun de ces points n’apparaît dans la plupart des articles enthousiastes sur les épices, alors que c’est le seul endroit où votre choix a un effet sanitaire mesurable.

Conservation : la fraîcheur bat la quantité

Les composés qui font l’odeur sont volatils et s’oxydent. Une épice ancienne ne devient pas dangereuse, elle devient fade, ce qui pousse à en mettre plus et donne un plat poussiéreux plutôt que parfumé.

  • Achetez petit. Un pot de 30 g de cumin moulu consommé en six mois vaut mieux qu’un sachet de 200 g qui traîne trois ans.
  • Stockez à l’abri de la lumière, de la chaleur et de l’humidité, donc jamais sur l’étagère au-dessus de la plaque ni à côté du four.
  • Ne versez pas depuis le pot au-dessus d’une casserole fumante : la vapeur entre dans le récipient et fait s’agglomérer la poudre. Versez dans la main ou dans une cuillère, à l’écart du feu.
  • Gardez entier ce qui peut l’être : poivre, cumin, coriandre, cardamome. Un moulin ou un mortier suffit, et l’écart de parfum est immédiat.
  • Testez à l’odeur avant de cuisiner. Si un frottement entre les doigts ne libère rien, la poudre ne donnera rien non plus dans le plat.

Si vous préparez vos propres assemblages, notre guide des mélanges d’épices maison, curry, dukkah et ras el-hanout détaille les proportions, et celui sur le dosage des épices dans les currys donne des repères chiffrés par portion.

Sept erreurs fréquentes

  1. Jeter les épices en poudre dans un liquide froid ou déjà bouillant. La plupart demandent un contact bref avec un corps gras chaud pour libérer leurs arômes liposolubles.
  2. Torréfier trop longtemps. Entre parfumé et brûlé, il y a une quinzaine de secondes, et une graine brûlée rend tout le plat amer.
  3. Confondre couleur et goût. Un curry très jaune peut n’avoir aucun arôme si le curcuma a été ajouté en fin de cuisson dans de l’eau.
  4. Multiplier les épices en espérant plus de goût. Au-delà de quatre ou cinq dans un même plat, les profils se neutralisent et on obtient un « goût d’épices » générique.
  5. Prendre la cannelle de Cassia pour de la cannelle tout court et en consommer plusieurs cuillères par jour toute l’année.
  6. Acheter du curcuma en poudre au vrac sans emballage d’origine ni traçabilité.
  7. Traiter un complément « curcuma + pipérine » comme une version concentrée de l’épice. Ce sont des produits différents, avec des doses, des risques hépatiques et des interactions médicamenteuses différents.

Qui doit être prudent

Ces réserves concernent les compléments concentrés et les usages quotidiens très élevés, pas la pincée dans un plat. Elles se discutent avec un professionnel de santé, et cet article ne remplace aucun avis médical.

  • Grossesse et allaitement. Le NCCIH considère que l’usage de compléments de curcuma pendant la grossesse peut être dangereux et que les données sur l’allaitement sont insuffisantes. Pour le gingembre, les compléments paraissent sûrs en grossesse mais un avis reste conseillé. La cannelle en quantités alimentaires paraît sûre ; la Ceylan en grande quantité pendant la grossesse est considérée comme déconseillée.
  • Traitements médicamenteux au long cours. La pipérine et la capsaïcine inhibent le CYP3A4 à des concentrations micromolaires, et la pipérine induit le CYP3A4 par la voie PXR. Les compléments concentrés méritent d’être signalés à votre médecin.
  • Maladie hépatique. Le NCCIH signale le risque lié à la coumarine de la Cassia en usage prolongé et les atteintes hépatiques rapportées avec les curcumines à biodisponibilité augmentée.
  • Reflux gastro-œsophagien et gastrite. Le piment fort et le gingembre concentré aggravent fréquemment les symptômes.
  • Enfants en bas âge. Le risque de plomb dans les épices mal tracées les concerne en premier lieu, à cause de leur poids et de leur absorption digestive plus élevée.

Trois préparations chiffrées

Dal de lentilles corail au curcuma et cumin, pour 4

Faire chauffer 2 cuillères à soupe d’huile neutre dans une cocotte. Y jeter 1 cuillère à café de graines de cumin entières et attendre 20 secondes qu’elles crépitent. Ajouter 1 oignon émincé et 2 gousses d’ail, cuire 5 minutes. Ajouter 1 cuillère à café rase de curcuma moulu et 1/2 cuillère à café de coriandre moulue, remuer 15 secondes hors du feu vif. Verser 250 g de lentilles corail rincées et 900 ml d’eau. Mijoter 20 à 25 minutes à couvert. Saler en fin de cuisson, ajouter le jus d’un demi-citron et 15 g de coriandre fraîche ciselée. Apport indicatif d’épices : environ 1,1 mg de fer et 42 mg de potassium venant du curcuma, répartis sur quatre parts.

Carottes rôties au pimentón et au cumin, pour 4

Couper 800 g de carottes en bâtonnets réguliers. Mélanger avec 3 cuillères à soupe d’huile d’olive, 1 cuillère à café de graines de cumin torréfiées puis grossièrement écrasées, 1/2 cuillère à café de sel. Enfourner 25 minutes à 200 °C. Sortir la plaque, saupoudrer alors seulement 1 cuillère à café de paprika fumé, mélanger et remettre 5 minutes. Le paprika ajouté à la fin garde sa couleur et son parfum au lieu de brunir. Servir avec 200 g de yaourt nature ou de yaourt végétal et le jus d’un demi-citron.

Chili de haricots rouges à la cannelle, pour 4

Faire revenir 1 gros oignon et 2 gousses d’ail dans 2 cuillères à soupe d’huile. Ajouter 1 cuillère à café de cumin moulu, 1 cuillère à café de paprika doux, 1/4 de cuillère à café de cannelle et 1/8 de cuillère à café de piment de Cayenne, remuer 20 secondes. Verser 800 g de tomates concassées, 480 g de haricots rouges cuits et égouttés, 150 ml d’eau. Mijoter 30 minutes à découvert. Goûter et n’ajuster le Cayenne qu’à ce moment, une fois la chaleur pleinement développée. La cannelle ne doit pas être identifiable : elle arrondit l’acidité de la tomate.

Questions fréquentes

Le curcuma seul est-il inutile sans poivre noir ? Non. L’idée vient d’essais menés avec de la pipérine purifiée à des doses de complément, et une étude de perméabilité de 2024 a même trouvé une absorption plus faible pour l’association curcumine-pipérine que pour le rhizome broyé. En cuisine, le curcuma apporte de la couleur, un goût et un peu de fer, avec ou sans poivre. Mettez du poivre parce que c’est bon.

Les épices bio sont-elles plus riches en nutriments ? Rien ne le montre de façon fiable. En revanche, une filière tracée réduit le risque d’adulteration, ce qui est un argument beaucoup plus solide que la teneur en micronutriments.

Faut-il acheter des épices entières ou moulues ? Entières pour le poivre, le cumin, la coriandre et la cardamome, dont les arômes s’évaporent en quelques mois. Moulues pour le curcuma, le paprika et le gingembre séché, qui se moulent difficilement à la maison. Cela dit, si vous n’utilisez jamais votre moulin, une poudre fraîche vaut mieux qu’une graine entière que vous n’employez pas.

La cannelle fait-elle baisser la glycémie ? Les méta-analyses sur compléments rapportent des baisses de glycémie à jeun et d’HbA1c, mais la majorité des essais inclus sont de faible qualité méthodologique, et les doses vont de 1 à 6 g par jour. Le NCCIH conclut que la recherche ne soutient pas clairement cet usage. Une cuillère de cannelle sur un porridge n’est pas un traitement du diabète et ne remplace aucun médicament.

Combien d’épices différentes faut-il avoir ? Six à huit suffisent pour couvrir presque toute la cuisine végétarienne courante : cumin, coriandre, curcuma, paprika doux, paprika fumé, poivre noir, piment, cannelle. Mieux vaut huit pots renouvelés que trente pots périmés.

Les épices peuvent-elles remplacer le sel ? Partiellement. Elles apportent de l’arôme, pas de la salinité, et les vrais leviers de substitution sont l’acidité, l’umami et la texture. Le sujet est traité en détail dans notre guide pour assaisonner sans sel.

Sources