
Booster le goût umami sans viande : astuces miso & shiitaké
Vingt grammes de shiitaké séché, de quoi parfumer une soupe pour deux, apportent 2,6 milligrammes de sodium. Une cuillère à soupe rase de miso, 18 grammes, en apporte 671. Le rapport est de 258 pour 1, et c’est toute la différence entre les deux façons de donner du goût à un plat sans viande.
L’une consiste à saler. L’autre consiste à apporter du glutamate et des nucléotides sans sel, puis à laisser le sel restant paraître plus salé qu’il ne l’est. La seconde marche, elle est mesurée, et elle est presque toujours présentée à l’envers: on vante le miso et la sauce soja comme des sources d’umami végétal, alors que ce sont d’abord des sources de sodium qui contiennent aussi du glutamate.
Le shiitaké séché fait le contraire. Il concentre le glutamate et un nucléotide que le miso ne contient pratiquement pas, et il le fait pour un sodium négligeable. C’est cette asymétrie qui rend le duo intéressant, et pas la vague idée d’un mariage de saveurs asiatiques.
L’umami est un récepteur, pas une ambiance
L’umami correspond à l’activation d’un récepteur gustatif identifié, l’hétérodimère T1R1/T1R3. Une revue pharmacologique parue dans le Handbook of Experimental Pharmacology a passé en revue les molécules qui provoquent cette sensation et conclut que l’activation de ce seul récepteur, avec l’ordre de puissance attendu, suffit à expliquer l’expérience sensorielle humaine du goût savoureux. Autrement dit, il n’y a pas de mystère résiduel: on sait quelle molécule se fixe où.
Deux familles de molécules comptent. Le glutamate libre, l’acide aminé que Kikunae Ikeda a isolé du kombu en 1908, active le récepteur. Les nucléotides 5’, principalement l’inosinate et le guanylate, ne le déclenchent presque pas seuls mais amplifient fortement l’effet du glutamate. La même revue décrit ces sites de fixation comme allostériquement couplés: le nucléotide se pose ailleurs sur le récepteur et augmente sa réponse au glutamate.
Cette amplification est la raison technique du mariage. Le miso apporte du glutamate. Le shiitaké séché apporte du guanylate. Ensemble, ils produisent une intensité que ni l’un ni l’autre n’atteint séparément à la même dose, ce qui permet de baisser les deux.
Pour comprendre d’où vient ce goût dans les autres aliments du placard, la page sur les bouillons maison riches en umami végétal détaille la construction d’une base complète.
Le seul tableau qui départage vraiment les sources
Toutes les sources d’umami végétal sont présentées comme équivalentes. Elles ne le sont pas, parce qu’elles n’apportent pas le même sodium pour le même goût. Le tableau ci-dessous rapporte le glutamate total à la quantité de sodium qui l’accompagne, pour 100 grammes de produit, d’après la base FoodData Central du département américain de l’agriculture.
| Produit | Glutamate total (g/100 g) | Sodium (mg/100 g) | Glutamate par mg de sodium |
|---|---|---|---|
| Shiitaké séché | 2,58 | 13 | 199 mg |
| Shiitaké frais | 0,68 | 9 | 76 mg |
| Purée de tomate sans sel | 2,11 | 59 | 36 mg |
| Parmesan râpé | 6,42 | 1800 | 3,6 mg |
| Miso | 1,92 | 3730 | 0,5 mg |
| Tamari | 2,41 | 5590 | 0,4 mg |
| Sauce soja (shoyu) | 1,58 | 5490 | 0,3 mg |
Le parmesan contient le plus de glutamate dans l’absolu. Le shiitaké séché en apporte près de quatre cents fois plus par milligramme de sodium que le miso. C’est ce rapport, et non la teneur brute, qui décide de ce qu’un plat coûte en sel.
Une précision s’impose sur ce que ce chiffre est. Les tables publient le glutamate total, qui inclut le glutamate lié aux protéines. Or seul le glutamate libre active le récepteur. Aucune base de composition alimentaire de référence ne publie la fraction libre par aliment, si bien que ce tableau compare ce qu’on achète, pas ce qu’on perçoit. La hiérarchie reste utilisable parce que l’écart est d’un facteur plusieurs centaines, mais elle ne se lit pas comme une mesure d’intensité gustative.
Ce que le séchage fait au shiitaké
Le shiitaké séché n’est pas un shiitaké frais auquel on a retiré de l’eau. C’est un produit transformé par des enzymes qui travaillent pendant la déshydratation.
La matière sèche passe de 10,3 grammes pour 100 grammes de frais à 90,5 grammes pour 100 grammes de séché, soit une concentration d’un facteur 8,8. Mais le glutamate total mesuré ne passe que de 0,68 à 2,58 gramme pour 100 grammes, un facteur 3,8. Les deux nombres ne coïncident pas, et cet écart ne se résout pas par un calcul: les deux entrées de la base proviennent d’analyses distinctes sur des lots différents, et la fraction libre, celle qui compte, n’y figure pas.
Ce que la recherche montre en revanche clairement, c’est que la température de séchage pilote le résultat. Un travail publié dans le Journal of Food Science a comparé un séchage à température programmée, ajustée sur l’activité de deux enzymes, à un séchage à température constante. Le protocole à température pilotée augmente les teneurs en acide glutamique et en 5’-GMP, améliore la capacité de réhydratation jusqu’à 515 % et réduit le retrait à 12,4 %. La qualité aromatique d’un shiitaké séché dépend donc du procédé industriel, pas seulement de l’espèce.
Conséquence pratique directe: deux paquets de shiitakés séchés du même prix peuvent donner deux bouillons très différents, et rien sur l’emballage ne permet de le prévoir. Le seul indicateur accessible est le résultat en cuisine, et la seule méthode est de retenir la marque qui donne un bouillon franc.
Ce que la synergie change sur le sel, en essais contrôlés
L’affirmation selon laquelle l’umami permet de saler moins n’est pas un argument marketing, elle a été testée directement.
Une étude publiée dans Food Research International a comparé des solutions salines à concentration de sodium identique, avec ou sans substances umami, auprès de 330 consommateurs en choix forcé, puis auprès d’un panel entraîné en analyse temps-intensité. La combinaison de glutamate et d’inosinate augmente la perception du salé à sodium constant, alors que les substances prises isolément n’obtiennent pas le même résultat. Les auteurs attribuent explicitement l’effet à la synergie entre les deux familles de molécules.
Un travail antérieur de la même revue a quantifié la marge. En faisant varier la concentration de sel de 2,03 à 13,94 gramme par litre avec quatre porteurs d’umami différents, les auteurs obtiennent une réduction de sodium allant jusqu’à 24,25 % à perception de salé égale, l’effet étant d’autant plus marqué que la solution est salée au départ.
L’effet a aussi été mesuré sur de vrais plats. Une étude publiée dans le Journal of Food Science a remplacé une partie de la viande par des champignons hachés dans des préparations mexicaines: l’intensité aromatique globale de la version à 25 % de sel en moins avec 80 % de champignons égale celle des versions à sel complet. Un essai de consommateurs sur 147 personnes, publié dans Appetite, confirme que l’acceptabilité des recettes aux champignons à sel réduit reste équivalente pour une majorité de participants, et qu’un segment préfère même les versions moins salées.
La limite de ces travaux mérite d’être dite: ils portent sur des plats carnés et sur des solutions modèles, pas sur des recettes végétariennes complètes. Le mécanisme est le même, la transposition reste une extrapolation raisonnable plutôt qu’une démonstration directe.
Le trempage: ce qui passe dans l’eau, et pour qui c’est un problème
L’eau de trempage des shiitakés séchés n’est pas un déchet, et ce n’est pas non plus un ingrédient neutre.
Une étude de l’International Journal of Medicinal Mushrooms a quantifié ce qui se dissout lors du lavage, du trempage et de la cuisson des carpophores de Lentinus edodes. L’éritadénine, l’adénosine, la guanosine, le guanosine monophosphate, l’adénosine monophosphate, la xanthine et l’adénine passent en solution dès le rinçage à l’eau courante, avec des taux de dissolution de 3,77 à 24,30 %. Ces taux augmentent linéairement avec la durée du trempage et de la cuisson.
Deux lectures opposées de ce même résultat, selon qui lit.
Pour la plupart des gens, cela signifie que jeter l’eau de trempage revient à jeter une partie du guanylate, c’est-à-dire précisément la molécule qui amplifie le glutamate. Filtrer cette eau et la réincorporer n’est pas une astuce de chef, c’est récupérer l’ingrédient actif. Les 20 grammes de shiitakés séchés d’une soupe pour deux contiennent par ailleurs 306 milligrammes de potassium, également hydrosoluble, dans un pays où l’étude suisse sur le sel 2022/23 mesure un apport moyen de 2,7 grammes par jour contre les 3,5 grammes recommandés par l’OMS.
Pour les personnes qui doivent limiter les purines, notamment en cas de goutte, la lecture s’inverse: les mêmes auteurs concluent que le trempage prolongé avec élimination de l’eau est justement le moyen de réduire la charge en purines du champignon. Le geste optimal dépend donc de la personne, et aucun conseil unique ne convient aux deux.
Pour le détail du procédé sur d’autres produits secs, la page sur les bienfaits du trempage et de la germination des légumineuses traite du même mécanisme d’hydrosolubilité.
Reconstruire un bol de ramen, pesé
Une recette pour deux personnes, avec les deux façons de l’assaisonner et leur coût réel en sel.
Base commune: 1 litre d’eau ou de bouillon de légumes non salé, 20 g de shiitakés séchés, 1 gousse d’ail, 1 morceau de gingembre frais râpé, 1 cuillère à soupe d’huile de sésame, 100 g de tofu ferme en cubes, 1 carotte en julienne, 2 portions de nouilles, ciboule et graines de sésame grillées.
Méthode:
- Couvrir les shiitakés d’eau tiède, environ 30 centilitres, et laisser reposer 20 minutes. Les chapeaux doivent redevenir souples jusqu’au centre.
- Sortir les champignons, presser légèrement au-dessus du bol, filtrer l’eau de trempage à travers un linge fin pour retenir le sable. Garder cette eau.
- Retirer les pieds, qui restent coriaces, et émincer les chapeaux.
- Faire suer l’ail et le gingembre dans l’huile de sésame sans coloration, une minute.
- Ajouter l’eau de trempage filtrée et le litre de liquide, puis les lamelles de shiitaké. Laisser frémir 15 minutes à découvert.
- Ajouter la carotte et le tofu, poursuivre 5 minutes.
- Cuire les nouilles à part, les égoutter.
- Retirer la casserole du feu. Prélever une louche de bouillon, y délayer le miso hors du feu, puis reverser.
- Répartir dans les bols, garnir de ciboule et de sésame.
Assaisonnement, version courante: 2 cuillères à soupe de miso, soit 36 g, plus 1 cuillère à soupe de sauce soja, soit 15 g. Total: 2166 mg de sodium, soit 5,42 grammes de sel pour deux portions, ou 2,71 grammes par bol. Un seul bol consomme 54 % de la limite journalière de 2000 milligrammes de sodium fixée par l’OMS, avant tout bouillon salé ajouté.
Assaisonnement, version construite sur le champignon: les mêmes 20 g de shiitakés séchés avec leur eau de trempage, plus 1 cuillère à soupe de miso, soit 18 g. Total: 674 mg de sodium, soit 1,69 gramme de sel pour deux portions, ou 0,84 gramme par bol.
L’écart est de 1492 milligrammes de sodium, soit 69 % de moins. Le goût ne disparaît pas dans l’intervalle parce que le guanylate du champignon amplifie le glutamate du miso restant. Ce que l’on retire, c’est le sel qui ne servait qu’à compenser une base aromatique faible.
Rapporté à la réalité suisse, un bol de la première version représente 31 % de la consommation quotidienne moyenne mesurée par l’OSAV, contre 10 % pour la seconde.
Le miso: la température compte, mais pas pour la raison qu’on croit
On lit partout qu’il ne faut pas faire bouillir le miso pour préserver ses probiotiques. Le conseil de température est juste, sa justification l’est beaucoup moins.
Chauffer fortement un miso dégrade ses composés aromatiques volatils, et le goût s’aplatit. C’est une raison suffisante pour l’ajouter hors du feu. Le raisonnement probiotique, lui, tient rarement: la plupart des misos vendus en Suisse et en Europe sont pasteurisés, et la mention non pasteurisé figure sur l’étiquette quand c’est le cas. Sur un miso pasteurisé, il n’y a pas de flore vivante à préserver.
Même sur un miso non pasteurisé, l’argument reste fragile aux doses réelles. Une étude publiée dans le Journal of Human Nutrition and Dietetics a recensé 143 aliments fermentés du commerce britannique et conclut que les preuves d’un bénéfice fonctionnel issues d’essais humains contrôlés restent limitées pour cette catégorie. Une cuillère de miso est un assaisonnement, pas un traitement.
Sur la question, souvent posée, du miso et de la pression artérielle: une revue parue dans Environmental Health and Preventive Medicine rapporte que dans des modèles animaux d’hypertension sensible au sel, le miso n’élève pas la pression autant que la quantité équivalente de sel, et que plusieurs études observationnelles japonaises ne trouvent pas d’association entre fréquence de consommation de soupe miso et hypertension. Une étude transversale sur 527 adultes publiée dans Internal Medicine va dans le même sens, avec une fréquence cardiaque plus basse chez les consommateurs réguliers, mais sans effet sur la pression.
Ces données ne permettent pas de conclure que le sel du miso serait sans conséquence. Ce sont des modèles animaux et des observations transversales, pas des essais d’intervention chez l’humain, et le mécanisme reste non élucidé de l’aveu des auteurs. La conduite prudente reste de compter le sodium du miso comme du sodium, ce que fait la page sur le miso et le tamari.
Ce que 20 grammes de shiitaké séché apportent réellement
La question nutritionnelle mérite d’être posée à la dose réelle d’utilisation, pas pour 100 grammes d’un produit dont personne ne mange 100 grammes.
Pour 20 grammes de shiitakés séchés, soit la quantité d’une soupe pour deux: 59 kcal, 1,9 g de protéines, 2,3 g de fibres, 306 mg de potassium et 2,6 mg de sodium. S’y ajoutent, d’après la même base, 2,8 mg de niacine, 0,25 mg de riboflavine et 9,2 microgrammes de sélénium.
L’intérêt réel n’est donc pas protéique: moins de deux grammes pour deux portions ne pèse rien face à la portion de référence suisse d’un aliment riche en protéines. Il est dans le rapport potassium sur sodium, qui est de 118 pour 1, alors que la plupart des exhausteurs de goût du placard présentent le rapport inverse. Pour situer cet apport dans une journée complète, le guide complet des protéines végétales donne les portions de référence.
Une réserve honnête sur ces chiffres: les valeurs en cuivre et en sélénium du shiitaké varient fortement d’une entrée de base à l’autre, y compris à l’intérieur de la même base selon l’état frais, séché ou cuit. Les teneurs en potassium, en fibres et en sodium sont cohérentes entre entrées et peuvent être utilisées. Les oligoéléments méritent d’être lus comme des ordres de grandeur.
Vitamine D: ce que l’ultraviolet change, et ce qu’il ne change pas
Le shiitaké contient de l’ergostérol, que l’ultraviolet convertit en vitamine D2. L’effet sur le champignon est spectaculaire et bien documenté; l’effet sur la personne qui le mange l’est beaucoup moins.
Côté champignon, un travail publié dans ACS Omega mesure un passage de teneurs indétectables à 40,6 microgrammes par gramme de matière sèche dans de la poudre de shiitaké irradiée. Une étude plus ancienne du Journal of Agricultural and Food Chemistry obtient jusqu’à 106 microgrammes par gramme sur les lamelles, la face la plus riche en ergostérol.
Côté humain, le tableau se complique. Une méta-analyse publiée dans le Journal of Nutrition, appuyée sur six essais randomisés avec réanalyse de sérums en spectrométrie de masse, ne trouve pas d’augmentation significative du 25-hydroxyvitamine D total sur l’ensemble des essais. L’effet devient significatif dans les trois essais européens, où le statut initial était bas, et reste nul dans les trois essais américains, où il était élevé. Surtout, la vitamine D2 apportée fait monter la forme D2 tout en faisant baisser la forme D3, ce qu’un essai antérieur sur 38 volontaires avait déjà observé de façon proportionnelle.
Ce que cela donne en pratique: un shiitaké exposé aux UV peut contribuer chez une personne dont le statut est bas, ne change rien chez une personne dont le statut est correct, et ne remplace pas une stratégie de vitamine D. La plupart des shiitakés séchés du commerce ne sont d’ailleurs pas irradiés et ne portent aucune mention à ce sujet. Le sujet est traité en détail sur la page booster la vitamine D quand le soleil manque.
Sécurité: la dermatite au shiitaké
Il existe un risque spécifique au shiitaké, rarement mentionné dans les recettes, et il concerne directement la cuisson.
Le lentinane, un polysaccharide du shiitaké, provoque chez certaines personnes une éruption cutanée caractéristique en traînées linéaires, appelée dermatite flagellée. Un cas récent rapporté dans Diagnostics décrit un homme de 25 ans présentant des papules érythémateuses linéaires sur le tronc et les bras, apparues deux jours après avoir consommé des shiitakés insuffisamment cuits. Une revue systématique publiée dans le Journal of Cutaneous Medicine and Surgery documente l’augmentation du nombre de cas rapportés dans le temps, et un cas paru dans l’International Journal of Dermatology en signale une voie d’exposition inhabituelle, le café aux champignons.
Le point pratique tient en une phrase: le lentinane est thermolabile, et une cuisson suffisante prévient la réaction. C’est la raison pour laquelle les shiitakés se mangent cuits, et non parce qu’ils seraient indigestes. L’affection est spontanément résolutive, mais les auteurs signalent des réactions plus sévères en cas d’expositions répétées.
Dans la recette ci-dessus, les quinze minutes de frémissement après réhydratation couvrent largement cette exigence. Un shiitaké juste saisi à la poêle, encore ferme au centre, ne la couvre pas nécessairement.
Cinq erreurs qui reviennent systématiquement
Empiler les sources salées en croyant empiler l’umami. Miso, sauce soja, cube de bouillon et parmesan végétal dans le même plat additionnent surtout leur sodium. Une seule source salée, plus une source non salée, donne davantage d’intensité pour moins de sel.
Jeter l’eau de trempage. Elle contient une part du guanylate et du potassium, et c’est le seul liquide du plat qui apporte du goût sans apporter de sel. La filtrer suffit à régler le problème du sable.
Saler avant d’avoir ajouté le miso. Le miso arrive en fin de recette et apporte 671 milligrammes de sodium par cuillère. Goûter avant est la seule façon d’éviter de saler deux fois.
Faire bouillir le miso. Le conseil est juste, même si le motif habituel ne l’est pas: la chaleur forte dégrade les composés volatils et aplatit le goût. Hors du feu, délayé dans une louche de bouillon.
Compter sur le shiitaké pour les protéines. Vingt grammes de séché apportent 1,9 gramme de protéines. C’est un assaisonnement structurant, pas une source protéique, et la comparaison entre tofu, tempeh et seitan traite cette question séparément.
Adapter selon les profils
En cas d’hypertension ou de régime pauvre en sodium. La construction sur le champignon est directement utilisable: elle permet de réduire de près de 70 % le sodium d’assaisonnement d’un bol sans passer par un produit de substitution. La page assaisonner sans sel complète l’approche sur les plats sans bouillon.
En cas de goutte ou d’hyperuricémie. Le shiitaké est riche en purines. Le trempage prolongé avec élimination de l’eau réduit cette charge, ce qui suppose de renoncer au bénéfice aromatique de l’eau de trempage. Un arbitrage à discuter avec un professionnel de santé, qui dépasse ce que peut trancher une page de recettes.
Pour qui trouve la cuisine végétarienne fade. Le problème vient rarement du manque de sel et souvent de l’absence de nucléotides: un plat qui ne contient que du glutamate, sans champignon séché ni tomate concentrée, reste plat quelle que soit la quantité de sauce soja ajoutée.
Pour un budget serré. Les shiitakés séchés sont chers au kilo et bon marché à la portion: 20 grammes suffisent pour deux personnes, un paquet de 50 grammes couvre cinq repas. Les champignons de Paris séchés et la purée de tomate donnent une base moins spécifique mais fonctionnelle.
Pour cuisiner sans ail ni oignon. L’umami du champignon séché ne dépend pas des alliacées, ce qui en fait une base compatible avec les régimes qui les excluent, détaillés sur la page cuisiner sans ail ni oignon.
Limites des données disponibles
Les valeurs de composition utilisées ici proviennent de tables de référence, pas de mesures sur les produits vendus en Suisse. Une pâte de miso artisanale et un miso industriel peuvent différer nettement en sel, et l’étiquette reste le seul document fiable pour un produit donné, comme l’explique la page sur la lecture d’une étiquette nutritionnelle.
Le glutamate libre, seule fraction active en bouche, n’est publié dans aucune base de composition de référence. Les comparaisons de ce texte portent sur le glutamate total.
Les essais sur la réduction de sodium par l’umami ont été conduits sur des solutions salines modèles, des pains et des plats carnés. Aucun n’a testé une recette végétarienne complète construite sur du shiitaké séché.
Les données sur le miso et la pression artérielle sont issues de modèles animaux et d’études transversales japonaises. Elles ne démontrent pas de relation causale et ne justifient pas de relâcher la vigilance sur le sodium.
Enfin, les teneurs en oligoéléments du shiitaké varient sensiblement entre les entrées de base, ce qui limite leur usage à des ordres de grandeur.
Questions fréquentes
Faut-il des shiitakés pour obtenir cet effet, ou d’autres champignons séchés conviennent-ils? D’autres champignons séchés apportent du glutamate et des nucléotides, et le mécanisme de synergie est le même. Le shiitaké est le mieux documenté et le plus concentré des champignons de large diffusion; les cèpes séchés en sont l’équivalent le plus proche disponible en Suisse.
Combien de temps faut-il tremper? Vingt minutes dans de l’eau tiède suffisent pour des chapeaux entiers de taille courante. L’étude sur la dissolution montre que le passage des composés en solution augmente linéairement avec la durée, donc un trempage plus long extrait davantage, au prix d’un champignon moins ferme.
Peut-on utiliser de l’eau bouillante pour accélérer? Oui, mais la texture s’en ressent et les chapeaux deviennent mous plus vite que le centre ne se réhydrate. L’eau tiède donne une réhydratation plus homogène.
Le shiitaké séché se conserve-t-il longtemps? Oui, plusieurs mois dans un contenant hermétique à l’abri de la lumière. L’ennemi est l’humidité résiduelle, qui ramollit les chapeaux et favorise les moisissures.
La sauce soja est-elle vraiment à éviter? Non. Elle apporte un glutamate utile, mais elle coûte 824 milligrammes de sodium par cuillère à soupe. Utilisée comme unique source salée d’un plat, elle se défend; empilée sur du miso et un cube de bouillon, elle ne fait qu’additionner du sel.
Le glutamate ajouté est-il différent du glutamate du champignon? Chimiquement, la molécule est identique et le récepteur ne les distingue pas. Sur la sécurité du glutamate ajouté, une analyse publiée dans Current Research in Toxicology en 2025 relève qu’aucune des 39 études de toxicité examinées n’atteignait une qualité méthodologique élevée pour évaluer la sécurité, principalement en raison de doses sans pertinence pour l’alimentation humaine.
L’umami coupe-t-il l’appétit? Les données sont mitigées. Un essai croisé publié dans l’American Journal of Clinical Nutrition montre qu’une perfusion duodénale de glutamate réduit la sensation de faim sans réduire la prise alimentaire, alors que la combinaison de plusieurs goûts la réduit. Un essai sur 86 femmes publié dans Appetite trouve une baisse de la prise énergétique après un bouillon enrichi en glutamate seul, mais pas avec l’ajout d’inosinate. Aucune conclusion ferme ne s’en dégage.
Quelle quantité de glutamate libre mange-t-on ordinairement? Une analyse des données NHANES portant sur 8597 enfants et 13 969 adultes estime l’apport moyen en glutamate libre naturellement présent à 258 milligrammes par jour chez les enfants et 322 chez les adultes, avec la pastèque, le ketchup et la tomate crue parmi les premières sources.
Sources
- Organisation mondiale de la santé, aide-mémoire sur la réduction de l’apport en sel
- OSAV, étude suisse sur la consommation de sel 2022/23
- OSAV, recommandations nutritionnelles suisses pour les adultes
- USDA FoodData Central, base de composition des aliments
- Pharmacologie du récepteur de l’umami, Handbook of Experimental Pharmacology
- Effet synergique des substances umami sur la perception du salé, Food Research International 2024
- Renforcement du salé par les exhausteurs d’umami, Food Research International 2022
- Champignons et réduction du sodium dans des plats carnés, Journal of Food Science 2014
- Acceptabilité par les consommateurs des plats à sel réduit aux champignons, Appetite 2016
- Dissolution des composés bioactifs du shiitaké au lavage, trempage et cuisson, International Journal of Medicinal Mushrooms 2019
- Séchage à température programmée du shiitaké, Journal of Food Science 2025
- Irradiation UV et vitamine D2 du shiitaké, ACS Omega 2020
- Champignons exposés aux UV et statut en vitamine D, Journal of Nutrition 2016
- Dermatite flagellée induite par le shiitaké, Diagnostics 2026
- Consommation de soupe miso, pression artérielle et fréquence cardiaque, Environmental Health and Preventive Medicine 2020
- Aliments fermentés du commerce: composition et allégations, Journal of Human Nutrition and Dietetics 2022
- Fiabilité des études de sécurité sur le glutamate monosodique, Current Research in Toxicology 2025
- Apports alimentaires en glutamate libre, Nutrition Research 2019