
Poudres et protéines d’insectes dans les aliments : ce que disent vraiment les règles suisses et européennes
Une affirmation revient régulièrement sur les réseaux sociaux : l’Union européenne aurait autorisé «jusqu’à 4 % de farine d’insectes dans les aliments sans obligation de le dire». Elle mélange un chiffre réel, une mauvaise catégorie de produit et une conclusion fausse.
Le chiffre de 4 g pour 100 g existe bien dans le règlement d’exécution (UE) 2023/5. Mais il concerne une seule préparation, la poudre de grillons domestiques entiers partiellement dégraissés, et une seule catégorie, les en-cas à base de farine de maïs. Le même texte fixe des maxima différents pour les autres catégories. Surtout, il impose la dénomination exacte de l’ingrédient sur l’étiquette et un avertissement allergique à proximité immédiate de la liste des ingrédients.[1]
La réponse courte est donc nette : non, la règle des «4 % sans rien dire» n’existe ni dans l’Union européenne ni en Suisse. Une autorisation détermine ce qui peut être commercialisé, sous quelle forme, dans quels aliments et jusqu’à quelle dose. Elle ne dispense pas le fabricant de déclarer un ingrédient volontairement ajouté.
Cet article explique comment lire ces règles sans dramatiser et sans les minimiser. Il informe sur le cadre en vigueur au 5 août 2026 ; il ne remplace pas un avis juridique pour une entreprise ou un cas particulier.
L’essentiel en bref
- Le règlement UE 2023/5 n’autorise pas une mystérieuse «farine d’insectes» dans tous les aliments. Il autorise une poudre d’Acheta domesticus (grillons domestiques) entiers partiellement dégraissés, avec des usages et des doses maximales par catégorie.[1]
- Les 4 g/100 g, soit 4 % en masse, concernent uniquement les en-cas à base de farine de maïs. Dans le même tableau, les maxima vont de 0,1 g/100 g pour les boissons de type bière à 5 g/100 g pour certains substituts de viande et certains en-cas.[1]
- Lorsqu’elle est volontairement ajoutée, cette poudre doit apparaître sous la dénomination prévue. L’étiquette doit aussi avertir du risque de réaction chez les personnes allergiques aux crustacés, aux mollusques et à leurs produits, ainsi qu’aux acariens, juste à côté de la liste des ingrédients.[1]
- L’autorisation d’un nouvel aliment et l’information du consommateur sont deux contrôles distincts. «Autorisé» ne veut dire ni «obligatoire», ni «présent partout», ni «caché».
- En Suisse, les nouveaux aliments autorisés dans l’UE peuvent être commercialisés si les conditions des décisions européennes sont respectées. Le droit suisse prévoit aussi une voie propre pour trois espèces : ver de farine, grillon domestique et criquet migrateur, sous des formes et conditions définies.[3][7]
- Un insecte est un animal. Une poudre ou une protéine d’insecte n’est donc compatible ni avec une alimentation végétarienne qui exclut la chair animale, ni avec une alimentation végane.
- Une trace accidentelle n’est pas un ingrédient volontaire. Les mentions de type «peut contenir» relèvent de la contamination involontaire et du risque allergique ; elles ne signifient pas que le fabricant a incorporé de la poudre d’insecte à sa recette.
D’où vient exactement la rumeur des 4 % ?
Le règlement d’exécution (UE) 2023/5 de la Commission, adopté le 3 janvier 2023, a autorisé la mise sur le marché d’une préparation bien précise : la poudre de grillons domestiques entiers partiellement dégraissés. Le produit résulte notamment d’une période de jeûne des insectes, d’une mise à mort par congélation, d’un lavage, d’un traitement thermique, d’un séchage, d’une extraction mécanique d’huile et d’une mouture.[1]
Son annexe énumère les catégories d’aliments dans lesquelles cette poudre peut être utilisée. Elle donne, pour chacune, une dose maximale en grammes pour 100 grammes du produit vendu tel quel ou reconstitué selon les instructions. Une ligne indique «en-cas à base de farine de maïs : 4». Détaché de son tableau, ce chiffre est devenu «4 % dans les aliments». Puis la règle d’étiquetage a disparu au fil des partages, donnant «4 % sans le dire».
Trois erreurs se sont donc empilées :
- Une catégorie particulière est devenue tous les aliments. Le texte ne vise pas n’importe quel produit du supermarché.
- Un maximum d’emploi est devenu un seuil de déclaration. Or 4 % est une limite de formulation pour cette catégorie, pas une exemption d’étiquetage.
- Une poudre précisément définie est devenue de la “farine” au sens large. Le langage courant est compréhensible, mais juridiquement et techniquement, la distinction compte.
Le règlement donne aussi des maxima supérieurs à 4 g/100 g dans deux catégories. Cela suffit à réfuter l’idée que 4 % serait un seuil général de sécurité ou de transparence. À l’inverse, plusieurs catégories ont des plafonds nettement plus bas.
Le tableau complet du règlement UE 2023/5
Les valeurs ci-dessous concernent uniquement la poudre d’Acheta domesticus entiers partiellement dégraissés décrite dans ce règlement. Elles ne doivent pas être transposées à une autre espèce, à un extrait protéique, à une poudre entière non dégraissée ou à une autre autorisation.[1]
| Catégorie de denrées prévue par le règlement | Maximum de poudre, en g/100 g |
|---|---|
| Pains et petits pains multicéréales ; biscuits secs et gressins | 2 |
| Barres de céréales | 3 |
| Prémélanges secs pour produits cuits au four | 3 |
| Biscuits | 1,5 |
| Produits secs à base de pâtes | 0,25 |
| Produits secs à base de pâtes farcies | 3 |
| Sauces | 1 |
| Produits transformés à base de pommes de terre ; plats à base de légumineuses et de légumes ; pizzas ; produits à base de pâtes | 1 |
| Lactosérum en poudre | 3 |
| Substituts de viande | 5 |
| Soupes et concentrés ou poudres de soupes | 1 |
| En-cas à base de farine de maïs | 4 |
| Boissons de type bière | 0,1 |
| Confiseries au chocolat | 2 |
| Fruits à coque et oléagineux | 2 |
| En-cas autres que les pommes de terre frites | 5 |
| Préparations de viandes | 2 |
Un maximum n’est pas une recette standard. Une barre de céréales autorisée à contenir jusqu’à 3 g/100 g peut n’en contenir aucun, ou une quantité inférieure. Le tableau n’indique pas non plus que toutes les marques utiliseront cet ingrédient. Il encadre son utilisation lorsqu’un opérateur choisit de l’ajouter.
Poudre d’insecte, «farine d’insectes» et protéine d’insecte : ne pas tout confondre
Dans une cuisine, on appelle volontiers «farine» toute matière sèche finement moulue. Dans le commerce, l’expression «farine de grillons» est donc utilisée. Elle ne transforme pourtant pas l’insecte en céréale, pas plus que la «farine de poisson» n’est une farine de blé.
Le règlement 2023/5 parle de poudre, et sa dénomination réglementaire complète révèle ce qu’elle est : des grillons domestiques entiers, transformés puis partiellement dégraissés. Ce n’est pas un grain moulu et ce n’est pas non plus une protéine purifiée.[1]
Le terme protéine d’insecte peut désigner plusieurs réalités :
- la fraction protéique naturellement présente dans une poudre d’insectes entiers ;
- un concentré ou un extrait plus riche en protéines ;
- un ingrédient obtenu par un procédé différent de celui d’une poudre entière.
Ces formes ne sont pas interchangeables du point de vue réglementaire. Le statut d’un produit de base ne se transmet pas automatiquement à tous ses extraits. L’OSAV donne précisément l’extrait de protéines d’insectes comme exemple de substance pouvant nécessiter une autorisation et rappelle que chaque substance ou produit doit être évalué selon sa nature et son procédé.[7]
Cette précision protège contre deux raccourcis opposés. Il est faux de prétendre que toute poudre animale peut désormais entrer dans n’importe quelle recette. Il serait tout aussi faux de dire qu’aucune forme d’insecte n’est autorisée. Il faut toujours demander : quelle espèce, quelle partie ou quel stade, quelle transformation, quelle catégorie alimentaire et quelle autorisation ?
Autoriser n’est pas cacher
Le régime européen des nouveaux aliments s’applique aux aliments qui n’étaient pas consommés dans une mesure significative dans l’Union avant le 15 mai 1997. Une autorisation préalable est requise avant leur mise sur le marché. Elle intervient après une évaluation de la sécurité et peut préciser les spécifications du produit, les conditions d’utilisation, les doses maximales et les exigences supplémentaires d’étiquetage.[2][6]
Cette procédure répond à la question : l’ingrédient peut-il être vendu et utilisé dans ces conditions ?
Le droit de l’information alimentaire répond à une autre question : comment le consommateur doit-il être informé de ce que contient le produit ? Dans l’UE, la liste des ingrédients indique les ingrédients par ordre décroissant de poids et sous leur dénomination appropriée. Les règles propres au nouvel aliment viennent s’ajouter à ce socle général.[5]
Pour la poudre visée par le règlement 2023/5, l’annexe exige deux éléments très concrets :
- La dénomination sur l’étiquette est «poudre d’Acheta domesticus (grillons domestiques) partiellement dégraissés».
- Une mention doit signaler que l’ingrédient peut provoquer des réactions allergiques chez les personnes ayant des allergies connues aux crustacés, aux mollusques et aux produits qui en sont issus, ainsi qu’aux acariens. Cette mention doit figurer à proximité immédiate de la liste des ingrédients.[1]
On ne peut donc pas remplacer légalement cette information par un terme vague comme «protéines», «farine» ou «arôme» afin de dissimuler l’origine animale. L’étiquette peut comporter des arguments commerciaux supplémentaires, mais ils ne remplacent pas la dénomination requise.
Quels insectes sont autorisés dans l’Union européenne ?
Il n’existe pas une autorisation globale couvrant «les insectes». Les décisions portent sur des espèces et des formes déterminées. La Commission européenne recense notamment des autorisations pour le ver de farine jaune (Tenebrio molitor), le criquet migrateur (Locusta migratoria), le grillon domestique (Acheta domesticus) et le petit ténébrion mat (Alphitobius diaperinus), sous différentes formes congelées, séchées, en pâte ou en poudre. Une poudre de larves entières de Tenebrio molitor traitée aux UV a encore fait l’objet d’une autorisation publiée en janvier 2025.[2]
Cette liste de noms ne permet pas de déduire les conditions d’un produit précis. Deux préparations provenant de la même espèce peuvent relever de règlements différents. Ainsi, les formes congelée, séchée et en poudre du grillon domestique avaient déjà été autorisées par un autre acte, tandis que le règlement 2023/5 concerne spécifiquement la poudre entière partiellement dégraissée.[1][2]
| Espèce et préparation | Acte européen | Point distinctif |
|---|---|---|
| Larves de Tenebrio molitor séchées, entières ou en poudre | Règlement 2021/882 | Première autorisation européenne d’un insecte comme nouvel aliment |
| Larves de Tenebrio molitor congelées, séchées et en poudre | Règlement 2022/169 | Entrée et spécifications distinctes |
| Locusta migratoria congelé, séché et en poudre | Règlement 2021/1975 | Criquet migrateur, et non grillon ou ver de farine |
| Acheta domesticus congelé, séché et en poudre | Règlement 2022/188 | Préparation différente de la poudre partiellement dégraissée |
| Poudre d’Acheta domesticus partiellement dégraissés | Règlement 2023/5 | Préparation à l’origine de la ligne virale des 4 g/100 g |
| Larves d’Alphitobius diaperinus congelées, en pâte, lyophilisées et en poudre | Règlement 2023/58 | Petit ténébrion mat, avec ses propres conditions |
| Poudre de larves entières de Tenebrio molitor traitée aux UV | Règlement 2025/89 | Exigences supplémentaires relatives à la vitamine D |
Ce tableau sert de carte vers les actes officiels. Il ne remplace pas leurs annexes, car chaque entrée possède ses catégories d’aliments, ses maxima, sa dénomination, ses avertissements et ses spécifications. La liste de l’Union peut également évoluer avec de futures autorisations.
Une autorisation temporairement liée au demandeur
Le règlement 2023/5 protège jusqu’au 24 janvier 2028 les données scientifiques qui ont soutenu la demande. Pendant cette période, il désigne Cricket One Co. Ltd comme entreprise autorisée à mettre ce nouvel aliment sur le marché de l’Union, sauf si un autre demandeur obtient une autorisation sans s’appuyer sur les données protégées ou avec l’accord de Cricket One. Cette protection commerciale ne réduit aucune obligation d’étiquetage et ne transforme pas l’acte en permission générique pour tous les fournisseurs.[1]
Pour vérifier un produit, la bonne méthode consiste à retrouver la dénomination exacte de l’ingrédient, puis l’entrée correspondante dans la liste de l’Union des nouveaux aliments. Se fier uniquement au nom de l’espèce ou à un pourcentage partagé sur les réseaux sociaux ne suffit pas.
Ce que prévoit la Suisse
Le cadre suisse suit une logique proche, mais il ne faut pas parler d’une identité automatique de tous les textes. L’ordonnance du DFI sur les nouvelles sortes de denrées alimentaires prévoit deux voies pertinentes.[3]
1. Les nouveaux aliments autorisés selon le droit de l’UE
L’annexe suisse permet la mise sur le marché des denrées qui peuvent l’être selon le règlement européen 2015/2283, à condition de respecter les prescriptions découlant des décisions d’exécution et des notifications. L’OSAV résume cette articulation ainsi : les nouveaux aliments autorisés par l’UE peuvent être commercialisés dans l’UE et en Suisse.[3][7]
Cela signifie que l’autorisation européenne de la poudre de grillons partiellement dégraissés ne perd pas ses conditions en franchissant la frontière suisse. La spécification, les catégories d’usage, les maxima et les exigences d’étiquetage qui accompagnent l’autorisation restent déterminants.
2. Trois espèces expressément prévues par l’ordonnance suisse
L’annexe suisse cite également :
- Tenebrio molitor au stade larvaire, appelé «ver de farine» ;
- Acheta domesticus adulte, appelé «grillon» ;
- Locusta migratoria adulte, appelé «criquet migrateur».[3]
Les insectes doivent provenir d’un élevage. Ils doivent avoir été surgelés pendant une durée appropriée et soumis à un traitement thermique, ou à un autre procédé adéquat, afin de détruire les germes végétatifs. Ils peuvent être remis entiers, coupés ou moulus.[3]
L’ordonnance fixe aussi les dénominations spécifiques «ver de farine (Tenebrio molitor)», «grillon (Acheta domesticus)» et «criquet migrateur (Locusta migratoria)». Lorsqu’un insecte est utilisé comme ingrédient, la dénomination spécifique de la denrée elle-même doit le mentionner. Les produits contenant des insectes comme ingrédients doivent être étiquetés par analogie avec l’article 11 de l’OIDAl, consacré aux ingrédients pouvant provoquer des allergies ou d’autres réactions indésirables.[3][4]
En parallèle, l’OIDAl impose une liste des ingrédients et l’indication de tous les ingrédients sous leur dénomination spécifique, par ordre décroissant de poids. Les mentions obligatoires doivent être visibles, lisibles et ne pas être dissimulées ou détournées par d’autres éléments graphiques.[4]
Le résultat pratique est le même sur le point qui intéresse le consommateur : un fabricant suisse ne dispose pas d’un droit général d’ajouter volontairement 4 % d’insectes à un aliment sans les déclarer.
Ingrédient volontaire et trace accidentelle : la distinction décisive
Une grande partie de la confusion vient du mot «présence», qui recouvre deux situations très différentes.
Un ingrédient est mis dans la recette
Si un fabricant ajoute volontairement une poudre de grillons à une barre, une pâte ou un substitut de viande, cette poudre est un ingrédient. Elle doit figurer dans la liste avec la dénomination applicable. Les conditions d’autorisation et les avertissements spécifiques doivent être respectés. Le pourcentage maximal de la catégorie limite la formulation, mais ne décide pas si l’ingrédient doit être annoncé.[1][4][5]
La position dans la liste donne aussi une indication relative : les ingrédients sont classés par poids décroissant. Elle ne révèle pas toujours le pourcentage exact. En Suisse comme dans l’UE, une indication quantitative devient obligatoire dans certains cas, notamment lorsque l’ingrédient est mis en avant dans la dénomination ou par une image. Pour repérer un insecte, la présence du nom dans la liste compte davantage que l’obtention d’un chiffre précis.[4][5]
Une trace arrive involontairement
Une trace peut résulter d’une ligne de production partagée, du transport, du stockage ou d’une autre contamination malgré les mesures de maîtrise. Elle n’a pas été ajoutée pour remplir une fonction dans la recette. Une mention comme «peut contenir» signale un risque de présence involontaire ; elle ne décrit pas un ingrédient caché.
Le droit suisse traite explicitement les mélanges et contaminations involontaires dans ses règles sur les allergènes et exige que l’entreprise puisse démontrer les mesures prises selon les bonnes pratiques de fabrication pour les éviter ou les réduire autant que possible.[4] Les seuils et obligations de cette disposition visent les ingrédients allergènes énumérés par l’OIDAl. Il ne faut donc pas inventer, à partir du règlement 2023/5, un prétendu seuil général de 4 % pour des traces d’insectes.
La différence peut être résumée simplement :
| Situation | Signification | Où regarder ? |
|---|---|---|
| «Poudre d’Acheta domesticus…» dans les ingrédients | Ajout volontaire à la recette | Liste des ingrédients et avertissement voisin |
| Nom de l’insecte dans la dénomination du produit | L’insecte caractérise le produit | Face avant et dénomination spécifique |
| «Peut contenir…» | Risque de présence involontaire | Mention de précaution après ou près de la liste |
| Aucun insecte dans la liste, aucun avertissement spécifique | Pas d’ajout d’insecte déclaré | Vérifier aussi un éventuel label et, en cas d’allergie sévère, contacter le fabricant |
Une personne allergique ne devrait toutefois pas interpréter seule l’absence d’une mention de trace comme une garantie médicale absolue. En cas d’allergie connue aux crustacés, mollusques ou acariens, l’avertissement spécifique d’un aliment à base d’insectes mérite une attention particulière.[1][2]
Comment lire une étiquette en pratique
Voici une méthode qui prend moins d’une minute.
Étape 1 : lire la dénomination du produit
Ne vous fiez pas seulement à la marque ou à une grande mention comme «protein», «fitness» ou «durable». Cherchez la dénomination légale, souvent imprimée en plus petit. En Suisse, un aliment relevant de la voie nationale et contenant l’une des trois espèces citées doit mentionner l’insecte dans sa dénomination spécifique.[3]
Étape 2 : parcourir toute la liste des ingrédients
Cherchez les mots «grillon», «ver de farine», «criquet migrateur», «ténébrion», «insecte», «poudre» ou «protéine», ainsi que les noms scientifiques Acheta domesticus, Tenebrio molitor, Locusta migratoria et Alphitobius diaperinus. La présence d’un nom latin n’est pas une dissimulation lorsqu’il accompagne le nom courant, mais elle peut passer inaperçue lors d’une lecture trop rapide.
Pour la préparation du règlement 2023/5, attendez-vous à lire la formule complète «poudre d’Acheta domesticus (grillons domestiques) partiellement dégraissés».[1]
Étape 3 : regarder juste à côté de la liste
Pour cette poudre, l’avertissement allergique doit être à proximité immédiate de la liste des ingrédients. Il ne s’agit pas d’un avertissement général contre la consommation d’insectes, mais d’une information ciblée sur les réactions possibles chez les personnes allergiques aux crustacés, mollusques et produits dérivés, ainsi qu’aux acariens.[1]
Étape 4 : distinguer «contient» de «peut contenir»
«Contient» et une inscription dans la liste indiquent normalement une composition certaine et volontaire. «Peut contenir» signale une éventualité liée à une contamination involontaire. Pour un choix végétarien ou végane, beaucoup de personnes acceptent des politiques différentes face aux traces accidentelles ; ce choix éthique personnel n’efface pas la distinction réglementaire.
Étape 5 : utiliser un label comme raccourci, pas comme substitut à la liste
Un label végétarien ou végane reconnu facilite le tri, mais lisez la liste si le sujet vous préoccupe, surtout sur un produit importé ou nouvellement reformulé. Une mention commerciale comme «riche en protéines» ne dit rien de l’origine de ces protéines.
Notre guide pour lire une étiquette quand on est végétarien complète cette méthode pour la gélatine, le carmin, la présure et d’autres ingrédients animaux. Pour comparer les alternatives sans insectes, consultez aussi le guide complet des protéines végétales.
Conséquences pour les végétariens et les véganes
Sur le plan biologique, un insecte est un animal. Une poudre issue de son corps est donc un ingrédient animal. Elle n’est pas végétarienne au sens habituel d’une alimentation excluant la chair des animaux, et elle n’est évidemment pas végane.
Le fait qu’un insecte soit présenté comme «protéine alternative» ne le rend pas végétal. Le mot «alternative» signifie ici alternative à d’autres protéines animales conventionnelles, pas alternative animale compatible avec le végétarisme.
Pour une personne végétarienne ou végane, le réflexe utile est donc le même que pour la gélatine ou le carmin : vérifier l’origine de l’ingrédient, pas seulement sa fonction technologique ou nutritionnelle. Une barre «protéinée» peut tirer ses protéines du pois, du soja, du lait, de l’œuf ou d’un insecte. Le tableau nutritionnel indique la quantité totale de protéines ; seule la liste des ingrédients en révèle les sources.
Les traces accidentelles posent une question différente. Un produit portant «peut contenir des traces» n’a pas été formulé avec cet ingrédient. Certaines personnes véganes évitent tout risque de trace, d’autres considèrent qu’une contamination non intentionnelle ne finance pas ni ne constitue une utilisation volontaire de l’animal. C’est un choix individuel. Pour comprendre les périmètres alimentaires, voir vegan ou végétarien : quelles différences ?.
Faut-il s’inquiéter pour la santé ?
Il n’y a pas de raison d’annoncer une contamination massive et secrète de l’approvisionnement alimentaire. Les insectes restent un marché de niche dans l’Union européenne, selon la Commission, et leur utilisation dans un produit préemballé est encadrée.[2]
L’enjeu concret est allergique. L’EFSA a considéré que les protéines d’insectes évaluées peuvent provoquer des réactions, notamment chez des personnes ayant déjà une allergie aux crustacés, aux acariens et, selon le produit, aux mollusques. Des allergènes provenant de l’alimentation des insectes peuvent également se retrouver dans le produit. C’est la raison des exigences supplémentaires d’information.[1][2]
«Autorisé» signifie que le produit a été évalué comme sûr dans les usages et niveaux prévus. Cela ne signifie pas qu’il convient à toutes les personnes, à toutes les doses ou à toutes les formes possibles. La même logique vaut pour de nombreux aliments autorisés qui restent inadaptés à certaines allergies.
Pour le consommateur non allergique qui ne souhaite simplement pas manger d’insectes, la mesure proportionnée est la lecture de l’étiquette. Pour une personne allergique aux crustacés, mollusques ou acariens, il est prudent de prendre l’avertissement au sérieux et de demander conseil à un professionnel de santé en cas de doute personnel.
Questions fréquentes
Peut-on vraiment mettre 4 % de poudre de grillons dans une denrée sans l’indiquer ?
Non. Les 4 g/100 g du règlement 2023/5 sont le maximum pour les en-cas à base de farine de maïs. La poudre doit être nommée sur l’étiquette et accompagnée de l’avertissement allergique prévu près de la liste des ingrédients.[1]
Le seuil de 4 % s’applique-t-il à tous les aliments ?
Non. Il ne s’agit même pas d’un «seuil» général, mais d’une dose maximale pour une ligne du tableau. Les autres maxima de cette autorisation vont de 0,1 à 5 g/100 g selon la catégorie.[1]
«Farine de grillons» veut-elle dire qu’elle est mélangée à de la farine de blé ?
Pas nécessairement. L’expression commerciale désigne souvent des insectes moulus. Le règlement 2023/5 emploie le mot «poudre» et décrit une poudre d’insectes entiers partiellement dégraissés. Si un produit contient aussi du blé ou du maïs, ces céréales apparaissent séparément dans les ingrédients.[1][5]
Tous les insectes sont-ils autorisés dans l’UE et en Suisse ?
Non. Les autorisations européennes concernent des espèces, formes et usages précis. La Suisse reconnaît les nouveaux aliments commercialisables selon le règlement européen sous leurs conditions et prévoit en plus des règles nationales explicites pour trois espèces et certains stades.[2][3]
Une poudre d’insectes peut-elle être appelée simplement «protéines» ?
Pas pour remplacer la dénomination réglementaire de l’ingrédient. Une allégation comme «riche en protéines» peut décrire le profil nutritionnel, mais la liste doit identifier l’ingrédient sous le nom applicable.[1][4][5]
Les insectes sont-ils végétariens ?
Non. Ce sont des animaux. Les poudres, concentrés et extraits qui en proviennent ne sont ni végétariens ni véganes.
Que signifie «peut contenir des traces d’insectes» ?
Cette formulation indique une présence involontaire possible, et non un ajout à la recette. Elle ne doit pas être confondue avec une poudre d’insecte figurant dans la liste des ingrédients. Le chiffre de 4 % n’est pas une règle de gestion des traces.
Pourquoi une allergie aux crustacés est-elle pertinente pour les insectes ?
Les évaluations ont identifié un potentiel de réaction croisée. Pour la poudre de grillons partiellement dégraissés, le règlement exige explicitement un avertissement destiné aux personnes allergiques aux crustacés, aux mollusques et à leurs produits, ainsi qu’aux acariens.[1][2]
Un produit acheté en ligne doit-il aussi informer le consommateur ?
Oui, les règles générales de l’UE prévoient l’accès aux informations obligatoires pour la vente à distance, et les conditions spécifiques du nouvel aliment continuent de s’appliquer.[5] Vérifiez la fiche complète avant l’achat, puis l’étiquette physique à la livraison.
Le bon réflexe face à une publication virale
Lorsqu’un message annonce qu’un ingrédient peut être ajouté «jusqu’à X % sans être déclaré», posez quatre questions :
- Quel texte officiel est cité ?
- Le chiffre est-il un maximum d’emploi pour une catégorie ou un seuil d’étiquetage ?
- Quelle espèce et quelle forme exacte sont autorisées ?
- Que dit la colonne consacrée à l’étiquetage, souvent omise de la capture d’écran ?
Dans le cas des 4 %, ces quatre questions suffisent. Le texte officiel confirme le chiffre pour les en-cas à base de farine de maïs, mais il réfute précisément la partie «sans rien dire».[1]
La position raisonnable ne consiste ni à présenter les insectes comme un danger dissimulé, ni à demander au public de les accepter sans information. Ils sont des ingrédients animaux autorisés dans certaines conditions. Les personnes qui souhaitent en consommer peuvent le faire ; celles qui les excluent pour des raisons éthiques, culturelles, religieuses ou allergiques doivent pouvoir les reconnaître. C’est exactement à cela que servent la dénomination obligatoire, la liste des ingrédients et l’avertissement allergique.
Sources
[1] https://eur-lex.europa.eu/eli/reg_impl/2023/5/oj - Règlement d’exécution (UE) 2023/5 [2] https://food.ec.europa.eu/safety/novel-food/authorisations/approval-insect-novel-food_en - Commission européenne, autorisation des insectes comme nouveaux aliments [3] https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/2017/159/fr - Ordonnance du DFI sur les nouvelles sortes de denrées alimentaires [4] https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/2017/158/fr - OIDAl [5] https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2011/1169/oj - Règlement (UE) 1169/2011 sur l’information des consommateurs [6] https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2015/2283/oj - Règlement (UE) 2015/2283 relatif aux nouveaux aliments [7] https://www.blv.admin.ch/fr/autorisation-nouvelles-sortes-denrees-alimentaires - OSAV, autorisation des nouvelles sortes de denrées alimentaires [8] https://eur-lex.europa.eu/eli/reg_impl/2021/882/oj - Tenebrio molitor séché [9] https://eur-lex.europa.eu/eli/reg_impl/2022/169/oj - Tenebrio molitor congelé, séché et en poudre [10] https://eur-lex.europa.eu/eli/reg_impl/2021/1975/oj - Locusta migratoria congelé, séché et en poudre [11] https://eur-lex.europa.eu/eli/reg_impl/2022/188/oj - Acheta domesticus congelé, séché et en poudre [12] https://eur-lex.europa.eu/eli/reg_impl/2023/58/oj - Larves d’Alphitobius diaperinus [13] https://eur-lex.europa.eu/eli/reg_impl/2025/89/oj - Poudre de Tenebrio molitor traitée aux UV