
10 herbes médicinales locales à cuisiner
Le thym frais contient 20 mg de fer pour 100 g, soit 143 % de la valeur nutritionnelle de référence. C’est le genre de chiffre qui circule dans tous les articles sur les herbes médicinales, et il est exact.
La branche de thym que vous jetez dans une soupe pèse environ 2 g. Elle apporte 0,4 mg de fer, soit 2,9 % de cette même référence. Pour atteindre les 14 mg d’une journée avec du thym, il faudrait en manger 70 g, c’est-à-dire l’équivalent d’un gros bouquet, cru, en une seule fois.
Voilà le problème central de ce sujet. Les herbes aromatiques sont des concentrés remarquables rapportés au poids, et des contributeurs nutritionnels négligeables rapportés à la portion. Les deux affirmations sont vraies en même temps, et la seconde est presque toujours passée sous silence.
Cette page prend donc le sujet autrement. Ce que les herbes font réellement dans une cuisine, c’est du goût, et le goût permet de faire des choses mesurables, comme réduire le sel. Pour tout le reste, il y a un cadre légal précis en Suisse, et une seule de ces dix plantes dispose d’un effet clinique reconnu dans des recommandations internationales, sous une forme qui n’est pas celle de la cuisine.
Ce que le droit suisse autorise réellement à dire
Avant les vertus, la règle. L’ordonnance du DFI concernant l’information sur les denrées alimentaires définit à son article 31 l’allégation de santé comme tout message affirmant, suggérant ou impliquant une relation entre un aliment ou l’un de ses composants et la santé.
Le point essentiel tient en une phrase du même article: les allégations de santé ne sont autorisées que si elles sont prévues à l’annexe 14. Toute allégation qui n’y figure pas exige une autorisation de l’OSAV, accordée uniquement si des études scientifiques généralement reconnues en apportent la preuve.
L’annexe 14 liste des substances, pas des plantes aromatiques: calcium, fer, magnésium, potassium, riboflavine, folates, sélénium, chitosane, bêta-glucanes, phytostérols, gomme de guar, cultures vivantes des yaourts, entre autres. Aucune des dix herbes de cette page n’y figure sous son nom. Ni le thym, ni la sauge, ni l’ortie, ni la mélisse.
L’ordonnance ajoute une précision qui vise exactement le style d’écriture habituel sur ce sujet. Les allégations faisant référence à des effets bénéfiques non spécifiques sur l’état de santé général ou le bien-être ne sont autorisées que si elles sont accompagnées d’une allégation autorisée. Et les allégations de santé ne doivent pas être conçues comme des recommandations émanant de médecins ou d’autres professionnels de la santé.
Une page qui affirme que la sauge soutient les défenses naturelles ou que le romarin stimule la circulation ne décrit donc pas un fait établi. Elle formule une allégation qui, sur un emballage suisse, ne serait pas autorisée. C’est la raison pour laquelle cette page parle de composition mesurée, d’usage culinaire et de sécurité, et laisse les vertus aux textes qui n’ont pas à les justifier.
Le calcul que personne ne fait: la portion réelle
Les tables de composition donnent des valeurs pour 100 g. Personne ne mange 100 g de thym. Voici les deux colonnes côte à côte, à partir de la base suisse des valeurs nutritives de l’OSAV et des valeurs nutritionnelles de référence utilisées sur les étiquettes.
| Herbe | Pour 100 g | Portion réelle | Ce que la portion apporte |
|---|---|---|---|
| Thym frais | 20 mg de fer, 310 mg de calcium | 2 g | 0,40 mg de fer (2,9 %), 6,2 mg de calcium (0,8 %) |
| Romarin frais | 4,8 mg de fer, 210 mg de calcium | 2 g | 0,10 mg de fer (0,7 %), 4,2 mg de calcium (0,5 %) |
| Sauge fraîche | 4,5 mg de fer, 270 mg de calcium | 3 g | 0,14 mg de fer (1,0 %), 8,1 mg de calcium (1,0 %) |
| Basilic frais | 5,5 mg de fer, 250 mg de calcium | 10 g | 0,55 mg de fer (3,9 %), 25 mg de calcium (3,1 %) |
| Menthe poivrée | 9,5 mg de fer, 210 mg de calcium | 5 g | 0,48 mg de fer (3,4 %), 10,5 mg de calcium (1,3 %) |
| Persil frais | 5,9 mg de fer, 850 mg de potassium | 10 g | 0,59 mg de fer (4,2 %), 85 mg de potassium (4,2 %) |
| Romarin séché | 1280 mg de calcium, 42,6 g de fibres | 1 g | 12,8 mg de calcium (1,6 %), 0,43 g de fibres |
Le romarin séché est l’exemple le plus parlant. Ses 1280 mg de calcium pour 100 g représentent 160 % de la valeur de référence, ce qui en ferait sur le papier une source de calcium spectaculaire. La cuillère à café d’un gramme que vous mettez dans un plat en apporte 12,8 mg, soit 1,6 %. Un tiers de verre de lait fait mieux.
Deux herbes échappent partiellement à cette règle, et pour une raison simple: on en mange davantage. Le persil dans un taboulé et le basilic dans un pesto se comptent en dizaines de grammes, pas en pincées. À 10 g, le persil apporte 85 mg de potassium et 0,59 mg de fer, ce qui reste modeste mais cesse d’être symbolique. Si vous voulez que les herbes comptent nutritionnellement, il faut les traiter comme un légume-feuille et non comme un assaisonnement.
Pour les protéines et les minéraux, les contributions qui pèsent viennent de toute façon d’ailleurs dans l’assiette, comme le détaille notre guide des protéines végétales.
Cela ne retire rien aux herbes. Cela déplace simplement leur intérêt là où il se trouve vraiment.
Le seul effet clinique solide du groupe, et sa forme exacte
Sur les dix plantes de cette page, une seule apparaît dans des recommandations internationales avec des données d’essais randomisés derrière elle.
Une revue systématique avec méta-analyse publiée dans Phytotherapy Research en 2026 a rassemblé 60 études éligibles totalisant 6329 patients atteints du syndrome de l’intestin irritable. Pour l’huile de menthe poivrée, sur sept études, le risque relatif d’amélioration des symptômes était de 1,63 avec un intervalle de confiance à 95 % de 1,33 à 2,00. Les auteurs relèvent aussi que la qualité de nombreuses études était limitée.
Une revue parue dans Nutrients en 2026 est plus explicite encore sur la position de cette plante: l’huile de menthe poivrée est le seul agent d’origine végétale reconnu de manière constante dans les recommandations internationales, chez l’adulte comme chez l’enfant.
Le détail qui change tout est la forme. Ces essais utilisent de l’huile essentielle de menthe poivrée en capsules à libération intestinale, dosée et standardisée. Pas des feuilles dans une salade, pas une tisane. La quantité de menthol d’une infusion de feuilles n’a aucun rapport avec celle d’une capsule à libération intestinale, et le lieu de libération non plus.
Autrement dit: la menthe poivrée a un effet démontré dans une indication précise, sous une forme pharmaceutique précise, qui n’est pas celle de votre cuisine. La feuille de menthe reste une excellente feuille de menthe.
Les teneurs varient énormément d’un lot à l’autre
Un chiffre de table de composition suppose que toutes les sauges se ressemblent. Elles ne se ressemblent pas.
Une étude publiée dans Molecules en 2025 a analysé par HPLC treize produits de sauge séchée vendus en Pologne. L’acide carnosique variait de 1,25 à 32,42 mg/g, le carnosol de 0 à 9,06 mg/g, l’acide rosmarinique de 3,2 à 20,6 mg/g. Sur l’acide carnosique, le rapport entre le lot le plus riche et le plus pauvre est de 26 pour 1. Les auteurs relèvent que les procédures actuelles de standardisation et d’évaluation de la qualité ne spécifient pas la teneur de ces substances dans la sauge séchée.
La variabilité tient aussi à la plante elle-même. Un travail paru dans Food Chemistry en 2026 sur 32 génotypes de sauge cultivés dans des conditions environnementales homogènes a identifié quatre groupes chimiques distincts, certains dominés par le camphre et le 1,8-cinéole, d’autres par l’alpha-thuyone et le viridiflorol. Même sol, même climat, profils différents.
Et elle tient aux conditions de culture et à la date de récolte. Une étude parue dans Plants en 2026 sur des sauges cultivées sous filets d’ombrage donne des teneurs en thuyone de 24,1 à 36,1 % pour la cis-thuyone et de 4,9 à 13,1 % pour la trans-thuyone de l’huile essentielle, selon la récolte et l’ombrage.
La conséquence pratique n’est pas de renoncer aux herbes. C’est de comprendre qu’aucune recommandation chiffrée précise ne peut porter sur une herbe achetée en sachet, puisque personne ne sait ce que contient ce sachet.
La sauge, la thuyone et la différence entre plat et infusion
La sauge contient de la thuyone, un composé neurotoxique à forte dose, dont la part dans l’huile essentielle peut dépasser 40 % selon la récolte d’après les mesures ci-dessus.
Ce qui compte ici est le facteur de concentration. Quelques feuilles poêlées sur un risotto, c’est un ou deux grammes de feuille fraîche. Une infusion concentrée bue plusieurs fois par jour, ou pire une huile essentielle prise par voie orale, change complètement l’échelle d’exposition, parce que l’huile essentielle concentre précisément les composés volatils dont la thuyone fait partie.
La règle de sécurité est donc simple et tient en une distinction:
- la sauge en cuisine, quelques feuilles dans un plat, reste un usage alimentaire ordinaire
- la sauge en infusion quotidienne prolongée sort de cet usage
- l’huile essentielle de sauge par voie orale n’est pas un geste de cuisine et relève d’un avis professionnel
Cette logique s’applique à toutes les plantes de cette page. La question n’est jamais «cette plante est-elle toxique», elle est «quelle dose, sous quelle forme, pendant combien de temps».
Le persil: pourquoi la quantité culinaire et l’extrait n’ont rien à voir
Le persil illustre la même mécanique avec des chiffres.
Son huile essentielle contient de l’apiol et de la myristicine. Une étude parue dans Food Science and Nutrition en 2026 sur l’effet du stade de récolte montre que la proportion d’apiol dans l’huile essentielle atteint 43,69 % à la récolte la plus tardive, contre des profils dominés par les monoterpènes aux récoltes précoces.
Ces composés sont l’origine de la réputation du persil comme plante à éviter pendant la grossesse. Une revue publiée dans Frontiers in Medicine en 2024 sur les effets rénaux du persil résume l’état des connaissances avec la prudence qui s’impose: les études animales montrent une réduction du stress oxydatif et une amélioration de marqueurs métaboliques, les rares études humaines ne montrent que des améliorations modestes de la composition urinaire, et le profil de sécurité du persil, en particulier à forte dose, nécessite des recherches supplémentaires, y compris sur les interactions avec les médicaments et la sécurité pendant la grossesse.
En clair: le persil du taboulé n’est pas le sujet, l’extrait concentré l’est. La distinction entre l’aliment et l’extrait est la seule qui compte dans ce domaine, et c’est celle que les listes de vertus escamotent systématiquement.
Un autre point mérite d’être connu si vous prenez un anticoagulant de type antivitamine K. Le persil et les herbes vertes sont riches en vitamine K1. Une étude de composition parue en 2026 dans le Journal of Advanced Pharmaceutical Technology and Research mesure des teneurs de 71,3 à 212,5 µg pour 100 g de poids frais dans cinq légumes indigènes du nord de la Thaïlande, à comparer à une référence d’apport de 150 µg par jour, et les auteurs précisent que ces valeurs sont des estimations descriptives destinées au conseil diététique et non une preuve d’un effet sur l’anticoagulation.
Ce qui déstabilise un traitement antivitamine K n’est pas la présence de vitamine K dans l’alimentation, c’est la variation brutale des apports. Une consommation régulière et stable est le principe retenu en pratique clinique, et le sujet se discute avec le médecin qui suit le traitement, pas avec un article.
L’ortie: la seule de la liste qui pèse nutritionnellement
L’ortie mérite un traitement séparé, parce que sa composition la place dans une autre catégorie.
Une étude publiée dans le Journal of the Science of Food and Agriculture en 2026 a analysé de la poudre de feuilles d’ortie blanchies et séchées: 23,99 % de protéines, 14,91 % de fibres, 347,46 mg de calcium et 52,11 mg de fer pour 100 g. Les auteurs ont incorporé cette poudre à 7 % dans un snack salé traditionnel, ce qui améliorait les teneurs en protéines, fer, calcium, composés phénoliques et flavonoïdes sans dégrader l’acceptabilité sensorielle.
Ces chiffres concernent une poudre sèche, donc une matière déshydratée, et non la feuille fraîche. Mais contrairement au thym, l’ortie se mange en quantité: une soupe d’orties part d’une bonne poignée de feuilles, pas d’une pincée. C’est cette différence d’usage qui la rend nutritionnellement pertinente là où les autres restent des assaisonnements.
Une revue parue dans Antioxidants en 2026 détaille sa composition: polyphénols dont la rutine, la quercétine, le kaempférol et l’acide chlorogénique, stérols dont le bêta-sitostérol et le stigmastérol, vitamines, caroténoïdes et une lectine, l’agglutinine d’Urtica dioica. La revue décrit des mécanismes moléculaires étudiés in vitro, ce qui documente une activité biologique, pas un effet clinique chez l’humain.
Pour la cuisiner, deux gestes suffisent. Cueillir avec des gants les jeunes pousses, avant floraison. Blanchir une minute à l’eau bouillante, ce qui neutralise le système urticant et permet ensuite de manipuler les feuilles à mains nues. Le reste est de la cuisine ordinaire: soupe avec pomme de terre, pesto avec ail et huile, farce de tarte.
Cueillir dans la nature: le seul vrai danger de ce sujet
Toutes les précautions de cette page portent sur des doses. Celle-ci porte sur une confusion d’espèce, et c’est la seule qui puisse tuer.
Un article publié en 2026 dans l’International Journal of Emergency Medicine rapporte deux patients admis aux urgences d’un hôpital universitaire d’Istanbul après avoir partagé un repas préparé à partir d’herbes sauvages identifiées ensuite comme de la grande ciguë, Conium maculatum. Malgré une exposition commune, les évolutions ont divergé nettement: l’un a développé une atteinte des muscles respiratoires avec insuffisance ventilatoire progressive nécessitant une intubation et une admission en soins intensifs, l’autre n’a présenté que des symptômes neuromusculaires légers et spontanément résolutifs. Les auteurs soulignent que l’exposition est souvent non reconnue à l’arrivée.
La grande ciguë ressemble au persil sauvage, au cerfeuil et à d’autres apiacées. L’ortie, elle, se confond difficilement. C’est la raison pour laquelle la règle de cueillette n’est pas une formalité:
- ne cueillir que les espèces que vous identifiez avec certitude, sans hésitation d’aucune sorte
- ne jamais se fier à une ressemblance générale ni à une application de reconnaissance photo seule
- se méfier particulièrement des ombellifères, la famille du persil, du fenouil et de la ciguë
- en cas de doute sur ce qui a été mangé, appeler immédiatement le centre suisse d’information toxicologique au 145
Les cinq clés de l’OMS pour des aliments plus sûrs s’appliquent aussi aux herbes: laver à l’eau propre, séparer le cru du prêt à consommer, et se souvenir que les feuilles crues peuvent porter des contaminations. Une étude parue dans l’International Journal of Food Science en 2026 a montré qu’Escherichia coli inoculé persistait à 6,5 log UFC/g dans le sol et 5,15 dans les semences de coriandre, avec un pic de 9,61 log UFC/g dans les plants au septième jour, ce qui rappelle que la contamination des feuilles fraîches se joue en amont de votre cuisine.
Ce que les herbes font vraiment bien: remplacer le sel
Voici l’usage où l’effet est réel, mesurable et immédiat.
L’OMS recommande de rester sous 5 g de sel par jour chez l’adulte. La plupart des populations dépassent largement ce seuil, et l’essentiel de cet apport vient du sel ajouté en cuisine et des aliments transformés.
Les herbes agissent sur ce point par un mécanisme simple: elles occupent l’espace aromatique que le sel occupait. Un plat au thym, à l’ail et au citron reste intéressant en bouche avec nettement moins de sel, parce qu’il y a autre chose à percevoir. C’est un effet de substitution sensorielle, pas une propriété médicinale, et c’est probablement le service le plus concret que ces plantes rendent à votre santé. Le sujet a sa page dédiée sur comment assaisonner sans sel.
Trois principes rendent cette substitution efficace:
L’acidité amplifie. Un filet de citron ou de vinaigre en fin de cuisson réveille les herbes et compense la platitude d’un plat peu salé.
Le gras porte les arômes. Les composés aromatiques des herbes sont liposolubles, ce qui explique pourquoi une huile infusée au romarin est plus parfumée qu’une infusion aqueuse.
Le moment compte, et c’est le point suivant.
Quand ajouter quelle herbe
Le classement utile en cuisine n’est pas médicinal, il est thermique. Les herbes se répartissent selon la résistance de leurs composés aromatiques à la chaleur.
Herbes ligneuses, en début de cuisson: thym, romarin, sauge, origan, laurier. Leurs feuilles coriaces libèrent lentement des composés qui supportent une cuisson longue. Elles vont dans le bouillon, le ragoût, la marinade, la sauce tomate qui mijote.
Herbes tendres, en fin de cuisson ou à cru: basilic, persil, menthe, coriandre, ciboulette, mélisse. Leurs composés volatils partent à la chaleur. Ajoutées vingt minutes trop tôt, elles ne laissent qu’une couleur verte fatiguée. Elles s’ajoutent hors du feu, au dernier moment.
L’erreur la plus courante consiste à traiter le basilic comme le thym. Un pesto cuit n’est plus un pesto, c’est une purée verte.
Pour le séchage, le rapport habituel est d’un tiers: une cuillère à café d’herbe séchée pour une cuillère à soupe de fraîche. Il vaut pour les ligneuses. Le basilic, la coriandre et la ciboulette séchés perdent tellement qu’ils ne remplacent pas le frais, quel que soit le rapport. Notre page sur la conservation des herbes aromatiques détaille les méthodes qui préservent le plus.
Les dix, en usage culinaire
Thym. Ligneux, résistant, va dans tout ce qui mijote. Sa forme citronnée accompagne bien les légumes racines.
Romarin. Puissant, à doser avec retenue: une branche entière dans un plat pour quatre suffit souvent. Excellent en huile infusée, avec les pommes de terre et les légumes rôtis.
Sauge. Feuilles poêlées dans un corps gras jusqu’à ce qu’elles croustillent, sur des pâtes ou un risotto. Précautions sur la forme, décrites plus haut.
Origan. La seule herbe tendre du groupe qui gagne au séchage, ce qui explique sa place sur les pizzas. Son goût séché est plus rond que frais.
Basilic. À cru, en fin de service. Plusieurs variétés existent avec des profils distincts: citronné, pourpre, thaï.
Menthe. Taboulé, sauces au yaourt, desserts. Plantée en pleine terre, elle envahit: un pot est plus raisonnable.
Persil. À traiter comme un légume-feuille plutôt que comme une décoration. C’est en quantité qu’il devient intéressant, dans un taboulé ou un chimichurri. Il rejoint alors la logique des épices et herbes essentielles d’une cuisine végétarienne.
Coriandre. Clivante pour des raisons génétiques réelles, liées à la perception de certains aldéhydes. Feuilles à cru, graines en début de cuisson: ce sont deux ingrédients différents.
Ortie. Blanchir une minute, puis cuisiner comme un épinard. La seule du groupe qui pèse nutritionnellement, parce qu’on en mange en quantité.
Mélisse. Note citronnée fragile qui disparaît à la cuisson. Salades de fruits, infusions, sirops.
Conservation: ce qui se dégrade et à quelle vitesse
Les herbes fraîches perdent surtout de l’eau et des composés volatils. Une étude parue dans Foods en 2026 sur des feuilles d’ortie cultivées en hydroponie a comparé l’atmosphère ambiante et l’atmosphère modifiée: les feuilles emballées sous atmosphère modifiée conservaient significativement plus de composés phénoliques, d’acide ascorbique, de chlorophylles totales et de capacité antioxydante, avec les valeurs les plus élevées après 17 jours sans absorbeur d’humidité. L’ajout d’absorbeurs d’humidité était associé à un déclin général des métabolites.
Ce résultat est intéressant pour une raison contre-intuitive: chercher à assécher l’environnement de stockage a dégradé la qualité. Pour une cuisine domestique, la traduction pratique est de garder les herbes tendres humides et froides, en bouquet dans un verre d’eau ou enveloppées dans un linge humide, plutôt que de les mettre au sec. Le sujet est développé sur comment garder ses herbes fraîches toute l’année.
Pour les herbes séchées, la conservation en bocal hermétique à l’abri de la lumière ralentit l’oxydation, mais le contenu aromatique décline de toute façon en quelques mois. Une herbe séchée qui ne sent plus rien au frottement entre les doigts n’assaisonnera rien. Sur une étiquette de mélange du commerce, la seule information utile reste la liste des ingrédients, dont la lecture est expliquée sur notre page lire et comprendre une étiquette nutritionnelle.
Cinq erreurs fréquentes
Lire la teneur pour 100 g comme un apport. C’est l’erreur qui structure tout le contenu publié sur ce sujet. Les 20 mg de fer du thym deviennent 0,4 mg dans la branche que vous utilisez.
Confondre l’aliment et l’extrait. L’huile de menthe poivrée en capsules à libération intestinale a des données d’essais derrière elle. La feuille de menthe dans une tisane n’a pas les mêmes données ni la même dose.
Cuire les herbes tendres. Le basilic, la coriandre et la mélisse perdent l’essentiel de leurs arômes à la chaleur. Elles s’ajoutent hors du feu.
Cueillir sans certitude d’identification. C’est le seul risque grave de ce sujet, et le cas de la grande ciguë le rappelle.
Prendre une herbe en cure prolongée pour un problème de santé. Aucune des dix ne figure à l’annexe 14 de l’OIDAl. Si un symptôme justifie un traitement, il justifie un avis médical.
Situations où l’avis médical prime
Ces plantes sont des aliments ordinaires en quantité culinaire. Trois situations sortent de ce cadre et méritent une conversation avec un professionnel de santé plutôt qu’une lecture:
- grossesse et allaitement, pour les infusions concentrées et les extraits, en particulier de persil et de sauge
- traitement anticoagulant de type antivitamine K, pour la stabilité des apports en vitamine K1
- traitement médicamenteux au long cours, en raison des interactions possibles avec des extraits concentrés
Aucune de ces situations n’interdit de cuisiner avec des herbes. Elles concernent les formes concentrées et les usages répétés à visée thérapeutique.
Ce que cette page ne peut pas dire
Les valeurs de composition proviennent de catégories génériques de la base suisse. Les données sur la sauge polonaise montrent qu’un facteur 26 sépare deux lots du commerce sur l’acide carnosique, et rien n’indique que les autres herbes soient plus homogènes.
Les tailles de portion utilisées ici sont des estimations d’usage courant, pas des mesures. Deux grammes pour une branche de thym et dix grammes pour une poignée de persil correspondent à ce qu’on met dans un plat, mais votre main n’est pas la mienne.
Les données de l’ortie portent sur une poudre de feuilles blanchies et séchées analysée dans une étude indienne, pas sur des orties fraîches cueillies en Suisse. L’ordre de grandeur est utile, la valeur exacte ne l’est pas.
Enfin, les mécanismes décrits dans les revues sur l’ortie ou la sauge proviennent en grande partie de travaux in vitro et animaux. Une activité biologique observée sur des cellules ne prédit pas un effet chez une personne qui mange une soupe.
Questions fréquentes
Les herbes aromatiques comptent-elles dans les cinq portions de fruits et légumes? Pas aux quantités habituelles. Les recommandations nutritionnelles suisses comptent 3 portions de légumes et 2 de fruits par jour, et une portion de légumes se compte en dizaines de grammes. Un taboulé riche en persil peut y contribuer, une pincée de thym non.
Une tisane de thym soigne-t-elle un mal de gorge? Une boisson chaude apaise mécaniquement, et c’est déjà quelque chose. Aucune allégation de santé sur le thym ne figure à l’annexe 14 de l’OIDAl, et un mal de gorge qui dure ou s’accompagne de fièvre relève d’un avis médical.
Faut-il préférer les herbes fraîches ou séchées? Cela dépend de l’herbe. Le séchage convient aux ligneuses, thym, romarin, origan, laurier. Il détruit l’essentiel de l’intérêt du basilic, de la coriandre et de la ciboulette.
La menthe aide-t-elle vraiment à la digestion? L’huile essentielle de menthe poivrée en capsules à libération intestinale a des données d’essais randomisés dans le syndrome de l’intestin irritable, avec un risque relatif de 1,63 sur sept études. Ce résultat ne se transpose pas à une infusion de feuilles, qui est une autre dose sous une autre forme.
Peut-on cueillir des orties au bord d’un chemin? Techniquement oui, mais le lieu compte davantage que la plante: éviter les bords de route, les zones traitées et les endroits fréquentés par les chiens. Jeunes pousses avant floraison, gants, blanchiment.
Le persil est-il une bonne source de fer pour un végétarien? Marginalement. Une poignée de 10 g apporte 0,59 mg, soit 4,2 % de la référence. L’absorption du fer végétal dépend surtout d’autres facteurs, détaillés dans notre page sur l’absorption du fer végétal.
Les herbes en pot du supermarché valent-elles celles du jardin? Pour la cuisine, oui, à condition de les rempoter et de ne pas les laisser dans leur terreau d’origine trop longtemps. Notre page sur la culture des herbes sur balcon explique la reprise.
Combien de temps garder un bocal d’herbes séchées? Jusqu’à ce qu’il ne sente plus rien. En pratique quelques mois pour les feuilles, davantage pour les graines entières, qui se dégradent plus lentement que les feuilles broyées.
Peut-on congeler les herbes? Oui, et c’est souvent meilleur que le séchage pour les tendres. Les méthodes sont comparées sur notre page de conservation des herbes.
Quelles herbes sauvages débuter sans risque? L’ortie, qui ne se confond pas facilement, et l’ail des ours à condition de vérifier l’odeur d’ail de chaque feuille. Le sujet a sa page: herbes sauvages comestibles.
Sources
- Base suisse des valeurs nutritives, OSAV
- Recommandations nutritionnelles suisses pour les adultes, OSAV
- Ordonnance du DFI concernant l’information sur les denrées alimentaires (OIDAl), RS 817.022.16
- Sécurité sanitaire des aliments, OMS
- Réduction de l’apport en sel, OMS
- Thérapies d’origine végétale dans le syndrome de l’intestin irritable, Phytotherapy Research, 2026
- Traitements d’origine végétale du SII et place dans les recommandations, Nutrients, 2026
- Acide carnosique, carnosol et acide rosmarinique dans la sauge séchée, Molecules, 2025
- Variabilité des composés de la sauge cultivée selon le génotype, Food Chemistry, 2026
- Ombrage, huile essentielle et thuyone de la sauge, Plants, 2026
- Poudre de feuilles d’ortie: qualités nutritionnelles et antinutritionnelles, Journal of the Science of Food and Agriculture, 2026
- Phytochimie et mécanismes moléculaires d’Urtica dioica, Antioxidants, 2026
- Stade de récolte et chimiotype de l’huile essentielle de persil, Food Science and Nutrition, 2026
- Effets rénaux du persil, revue, Frontiers in Medicine, 2024
- Vitamine K1 des légumes et conseil diététique sous warfarine, Journal of Advanced Pharmaceutical Technology and Research, 2026
- Issues cliniques divergentes après ingestion partagée de grande ciguë, International Journal of Emergency Medicine, 2026
- Atmosphère modifiée et métabolites des feuilles d’ortie, Foods, 2026
- Comportement d’E. coli et de Salmonella dans les cultures de coriandre, International Journal of Food Science, 2026